CHRONIQUES

Reinaldo ARENAS

CUBA / ETATS-UNIS

Reinaldo Arenas est né à Holguín en 1943. Après avoir soutenu la Révolution castriste, il se sent menacé par le régime à cause de son homosexualité. Il quitte Cuba en 1980 et s’installe à New York où il se suicide, en 1990, abandonnant sa lutte contre le sida.

Le portier

1987 / 1988 / 2021

Juan, 27 ans, a fui Cuba dix ans plus tôt, à la fin des années 1970, il a atterri à Manhattan où il est portier d’un immeuble, ce qui lui ouvre l’accès non aux appartements, mais à l’intimité de chaque occupant. Il est lui-même observé par un mystérieux narrateur (qui ne semble pas unique) qui dit avoir favorisé son poste et qui nous raconte(nt) tout.

Les habitants de l’immeuble sont tous… disons originaux, par exemple un inventeur qui utilise son propre corps pour tester des projets si révolutionnaires qu’il n’y survivra pas, un homme mûr qui tente de faire naître l’empathie universelle en offrant une avalanche de bonbons qu’il offre à tire larigot, une éminente professeure communiste et castriste. Juan observe et subit, il voudrait tant convaincre chacun d’eux, tous, de bien vouloir l’écouter leur exposer sa théorie, une théorie métaphysique : il connaît le chemin qu’il appelle la porte, vers un univers meilleur.

On peut se laisser prendre au piège tendu par un Reinaldo Arenas, qui savait que sa fin était proche et qui, d’une certaine façon, s’est lâché dans cette œuvre ultime, qui a ouvert les vannes au grotesque, à  la farce débridée qui montre un millionnaire se levant à l’aube pour pêcher des piécettes égarées dans les caniveaux et les égouts. L’autre face du roman est bien plus sombre : comment se créer un accès à ce qui sera – ou ne sera pas – quand nous aurons cessé d’exister. Inutile d’en dire davantage, chaque lecteur se fera sa propre lecture de ce roman étrange, étrangement drôle, alors que toute l’œuvre de Reinaldo Arenas qui l’a précédé est d’une noirceur absolue.

Ces personnages, ces scènes  comiques, qui dérivent vers une espèce de jeu de massacre, avec des animaux bien plus sages que les humains, n’empêchent tout de même pas un retour vers cette désespérance caractéristique des écrits de Reinaldo Arenas. On peut dire qu’on rit autour d’horreurs, la plus sombre étant la mort, toujours présente, la plupart du temps sous forme de menace.

Fable écologique, satire politique, traité philosophique, farce animalière, on demeure pourtant dans une certaine réalité new yorkaise, dans ce gratte-ciel habité par des femmes et des hommes, originaux certes, mais dont les réactions sont courantes, avarice, autoritarisme, égocentrisme, des gens comme vous et moi, non ? Seul le portier tranche, ouvert, attentif, modeste. Au centre de chaque partie de ce roman, des émotions reviennent, avec la liberté et la folie, un peu comme si elles étaient à la fois indissociables et incompatibles. Au lecteur de, peut-être, décider de ce qui lui convient le mieux.

Écrit en 1982, La fin d’un conte complète judicieusement ce Portier, ramenant le lecteur au  cœur d’une marche funèbre, celle, commune, du narrateur et de son ami qui, tous deux, ressemblent à Reinaldo Arenas.

Rééditer Le portier 33 ans après sa première publication en France est un témoignage de cette époque, qui semble lointaine, le trouble à Cuba, le crépuscule pour Reinaldo Arenas.

Le portier, traduit de l’espagnol (Cuba) par Jean-Marie Saint-Lu, éd. Rivages, 321 p., 21 €.

Reinaldo Arenas en espagnol : l’essentiel de son œuvre est disponible aux éditions Tusquets

Reinaldo Arenas a été publié en France aux éditions Actes Sud.

MOTS CLES : CUBA / ETATS-UNIS / SOCIETES / HUMOUR / POLITIQUE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS RIVAGES.

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