CHRONIQUES, ROMAN PERUVIEN

Martín MUCHA

PÉROU

Martín Mucha est né à Lima en 1977. Après des études au Pérou puis en Espagne, il s’installe à Madrid où il réside. Il est journaliste, rédacteur d’une chronique hebdomadaire pour El Mundo. Il a été lauréat à 30 ans du Prix de Journalisme Rey de España, le plus prestigieux en Espagne.

Tes yeux dans une ville grise

2011 / 2012 / 2021

Jeremías est un adolescent solitaire et angoissé. Il se reproche, alors que des  années ont passé, d’avoir causé la mort de son grand-père. Le vieil homme avait trébuché sur un tas de linge que le petit garçon aurait dû ranger. Tous les matins il prend un bus qui le mène à l’université, à l’autre bout de Lima. Le Sentier Lumineux pose des bombes, on périt ou on survit, question de chance. De chance ? Jeremías parle de sa « pâle tristesse de survivant ».

À coups de phrases courtes, incisives, dans un chœur de sensations qui se mêlent aux sentiments, Martín Mucha nous oblige à être  Jeremías, à sentir ce qu’il ressent, à voir ce qui passe devant ses yeux. Les combis, ces minibus qui sillonnent Lima et les villes du Pérou sont vieux, sales, surpeuplés par des gens comme Jeremías, jeunes ou vieux, qui supportent chaque jour les secousses, les odeurs, une promiscuité qui peut devenir malsaine, qui peut être subie en silence, qui peut s’achever par un drame, toujours en silence.

Portrait d’un jeune homme, portrait d’une ville, d’un pays, tout défile sans s’attarder, lent panoramique vu par les fenêtres d’un autobus surchargé. La ville est grise, l’avenir incertain, parfois une lueur brève et intense jette un peu de couleur sur la grisaille. Jeremías est témoin, un témoin qui semble détaché des scènes cruelles ou banales, et pourtant, nous, lecteurs (voyeurs ?), sommes incapables de rester impassibles. Il ne s’agit jamais de juger, nous ne pouvons que frémir devant ces flashes. Mais ces images tarderont à s’effacer de notre mémoire (le lecteur de  la première édition, en 2012 en témoigne). Jeremías, ou Martín Mucha, dit quelque part que les personnages de fiction « ne s’en vont pas », qu’« ils restent avec toi ». On ne peut mieux définir ce roman.

Et puis un long épilogue vient tout remettre en question, pas tout, mais le centre de tout, Jeremías lui-même, et il nous laisse pétrifiés, nous plongeant dans le tréfonds de la réalité d’un homme, de Jeremías, de l’Homme.

Tes yeux dans une ville grise, traduit de l’espagnol (Pérou) par Antonia García Castro, éd. Asphalte, 165 p., 18 €.

Martín Mucha en espagnol : Tus ojos en una ciudad gris, ed. Alianza.

MOTS CLES : PÉROU / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / VIOLENCE / EDITIONS ASPHALTE

Soiuvenirs:

Espagne, Guetaria, 2018.

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