CHRONIQUES

Marcial GALA

CUBA

Marcial Gala est né à Cienfuegos en 1963. Poète, essayiste et romancier, il a obtenu de nombreux prix, en particulier pour La cathédrale des Noirs. Il a publié des poèmes, cinq volumes de nouvelles et deux romans.

La cathédrale des Noirs

2012 / 2021

Que faire, quand on n’a qu’un vélo minable et qu’on veut passer au scooter, si on vit dans un quartier misérable de Cienfuegos à Cuba ? Ricardo Mora Gutiérrez, appelé le Gringo, a la solution, qu’il reprendra quand il voudra monter d’un cran et s’acheter une moto : trouver un gogo, l’estourbir pour lui voler l’argent apporté pour la vente et faire disparaître le corps… en le faisant passer pour du filet de bœuf et vendre les morceaux consommables, mais dans un autre quartier, dignité oblige ! Le Gringo est un des habitants de cette zone urbaine, une des voix qui s’entrecroisent et qui forment le récit : mères débordées, ados dans un équilibre précaire, et une famille de religieux venus d’ailleurs, les Stuart, des Noirs comme tout le monde par ici, avec un père prêtre qui veut édifier un temple monumental qui rivalisera et dépassera la cathédrale catholique.

Où se trouve la racine du Mal ? Marcial Gala se garde bien de donner des réponses, mais poser la question sous une forme multiple ouvre un abyme qui est au centre du roman. Les êtres, tous, se débattent, luttent avec et contre leurs démons, une enfance ratée, un besoin d’argent, un besoin de gloire, de puissance ou, plus simplement, le désir d’être reconnu.

Ce roman est un tourbillon : comme une spirale de monologues qui s’enroulent, tantôt en parallèle, tantôt se recoupant, un vertige se crée, les époques s’inversent parfois, la vie est mouvement et désordre, encore plus dans un lieu comme Cuba (ça pourrait être aussi Haïti), vertige qui ne nuit pas à la compréhension mais qui nous plonge dans la réalité d’un espace réduit et contradictoire.

En dehors de rares exceptions (Leonardo Padura), la littérature cubaine actuelle est prolétaire, Balzac est bien loin. C’est normal dans un pays où tout le nécessaire manque où, pour gagner quelques pesos ou, si on le peut – miracle – quelques dollars, on est disposé ou contraint de tout accepter. La cathédrale des noirs est un bon exemple, avec ses personnages à la dérive mais qui luttent, qu’on trouve souvent entre deux séjours en prison, des femmes et des hommes qui ne cessent de se poser des questions sur eux-mêmes, leur personnalité, les fantômes qui leur rendent visite, la place de chacun par rapport à la couleur de leur peau ou leur sexualité. Le parcours hasardeux d’un des personnages, qui a quitté l’île en bateau n’est pas plus favorable que la stagnation des autres, ceux qui sont restés.

Et, pendant ce temps, la cathédrale se construit, la nouvelle congrégation s’affirme, se développe silencieusement au milieu du tumulte.

Dans ce roman choral, la nature des personnages, un peu brumeuse dans les premières pages, devient de plus en plus claire pour le lecteur, Marcial Gala pointe un échec de plus du régime castriste, cela devient évident quand un vieil instituteur fait le bilan de sa vie, qui se résume par une question : « Tous ces efforts pour les instruire valaient-ils la peine ? »

La cathédrale des Noirs, traduit de l’espagnol (Cuba) par Maïra Muchnick, Belleville éditions, 238 p., 19 €.

Marcial Gala en espagnol : La Catedral de los Negros / Sentada en su verde limón / Rocanrol, ed. Corregidor, Buenos Aires.

MOTS CLES : CUBA / VIOLENCE / CORRUPTION / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS BELLEVILLE.

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