CHRONIQUES

Juan GÓMEZ BÁRCENA

ESPAGNE / PÉROU

Juan Gómez Bárcena est né à Santander (Espagne) en 1984. El cielo de Lima a obtenu plusieurs prix littéraires en Espagne et a été finaliste du Prix du premier roman à Chambéry.

Le ciel de Lima

2014 / 2020

Carlos Rodríguez et José Gálvez, fils de « bonnes familles » de Lima s’ennuient un peu dans cette ville qui leur semble assoupie en cette année 1904. Tous deux sont riches, la famille de José serait à mettre dans la catégorie des nouvelles fortunes, et celle de Carlos, dominée par don Augusto, le père, aimerait se trouver des quartiers de noblesse parmi ses ancêtres… en vain.

Tous deux sont très attirés par la littérature, la poésie en particulier et ils ont l’idée d’écrire au futur Prix Nobel de Littérature, Juan Ramón Jiménez, en se faisant passer pour une jeune fille timide, Georgina. Ils pensent se donner ainsi plus de chances de toucher le poète et d’obtenir une réponse. Et ça marche ! L’échange de courriers, allongé par les délais de l’acheminement se fait pourtant dense, et ils doivent s’engager de plus en plus dans cette fiction qu’ils ont eux-mêmes créée.

Ce qui constitue un premier pas, le personnage principal étant désormais créé, vers un roman qu’ils écriront à deux d’abord, puis à plusieurs, en incluant des amis amateurs de billard et de boissons corsées et avec l’aide d’un écrivain public installé sous les arcades au centre de Lima.

Pendant que se construit le roman de Georgina dans la tête des deux jeunes gens, se construit aussi Le ciel de Lima, avec des doutes communs : comment faire rebondir l’intrigue ? Comment expliquer le changement de caractère d’un personnage ? « Notre » roman, Le ciel de Lima, se déroule, comme l’autre, avec ses moments d’enthousiasme, avec surtout beaucoup d’humour, un subtile jeu de poupées russes dans lequel les personnages de la vie liménienne sont tout à coup personnages du roman, et qui s’en rendent compte, dans lequel l’auteur (mais qui est-il ? est-il dans ou hors  de son récit ?) intervient pour s’auto-commenter et à qui il arrive de se demander si ce qu’il vient de décrire vaut la peine d’être lu, dans lequel, enfin, plus classiquement, les (vrais) personnages peuvent être tragiques et ridicules au même moment.

La lecture de ce roman est un régal pour un lecteur joueur qui est aussi amené à découvrir une réalité sociale, celle des dockers du Callao, le port de Lima, sous payés dont la grève ne débouche sur rien, à partager le sort peu enviable des jeunes prostituées vendues à une classe dominante qui ne veut pas voir ni savoir, à se plonger dans la vie quotidienne d’une capitale latino-américaine du début du XXème, avec des personnages attachants.

Et il ne faudra pas manquer la postface, surprenante, qui donne une profondeur extraordinaire à ce qui aurait pu passer pour un joli divertissement.

Le ciel de Lima, traduit de l’espagnol par Thomas Evellin, éd. Baromètre (2020), 334 p., 17 €. http://editionsbarometre.fr

Juan Gómez Bárcena en espagnol : El cielo de Lima, ed. Salto de página, Madrid.

MOTS CLES : PEROU / ESPAGNE / LITTERATURE / POESIE / HUMOUR / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / EDITIONS BAROMETRE.

Les éditions Baromètre ont été crées en 2018 sous la forme associative. Elles se proposent de publier des ouvrages sur des thématiques sociales d’une part, et d’autre part un volet littéraire particulièrement axé autour de l’Amérique latine, avec la découverte de nouveaux auteurs. Le ciel de Lima est le premier de ces romans, bientôt suivi par d’autres.

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