CHRONIQUES, ROMAN PERUVIEN

Mario VARGAS LLOSA

PÉROU / URUGUAY / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

Né en 1936 à Arequipa, Mario Vargas Llosa, Prix Nobel de Littérature et lauréat de très nombreux prix, est l’auteur d’une trentaine de romans et d’autant d’essais. Il s’est aussi consacré à la politique, se rapprochant des libéraux européens et américains.

Temps sauvages

2019 : 2021

En 1954 les États-Unis organisèrent au Guatemala un des multiples renversements de gouvernements démocratiquement élus dont ils furent responsables en Amérique latine au long du XXème siècle. Après La fête au Bouc  dans lequel il s’était penché sur les dernières semaines de pouvoir du dictateur Trujillo en République dominicaine, Mario Vargas Llosa s’intéresse à cet épisode peu connu et suit pas à pas la préparation et les suites de ce coup d’État. On croise d’ailleurs à nouveau le sinistre dictateur dominicain qui tire quelques ficelles et se prend pour un manipulateur avisé et qui, par son anticommunisme radical, est un des « meilleurs » alliés des États-Unis.

Récit historique et roman, Temps sauvages est les deux, reprise documentée des événements assez complexe (rien n’est jamais simple en Amérique latine) et reprise de techniques narratives bien rôdées par notre Prix Nobel, comme le dialogue alterné entre un personnage central et deux autres, le dialogue unique alternant circonstances et époques.

Quelques mois après la parution de L’appel de la tribu dans lequel Mario Vargas Llosa s’étendait longuement sur ses positions ultralibérales, on s’étonnera peut-être de sa sympathie affichée pour un président guatémaltèque qui a tout tenté pour imposer une réforme agraire que d’autres qualifiaient de communiste. On la comprend un peu mieux quand on en voit le dénouement, il n’en reste pas moins (pour le lecteur plus que pour l’auteur) une certaine amertume par rapport au « modèle » nord-américain.

Des espions étrangers, des intérêts financiers, des hommes politiques prêts à tout moment à trahir leurs alliés les plus proches, une jeune femme belle et naïvement sulfureuse, un président macho et faible, un ou deux ambassadeurs pas très diplomates, la galerie de portraits est riche, les surprises nombreuses et, en bon thriller, l’envie à chaque fin de chapitre de deviner quelle direction va prendre l’intrigue, vers la farce ou vers le drame. On trouve des personnages douteux dans tous les camps, Dominicains, Guatémaltèques et Yankees sont égaux dans la violence, la trahison (et la peur d’être trahis) et la duplicité. L’anticommunisme obsessionnel de l’époque, celle de McCarthy, rend tout dialogue entre pays impossible.

Pour rendre vivant un tableau historique plein d’incertitudes, de mouvements et souvent d’invraisemblances, Mario Vargas Llosa a choisi la forme puzzle qui maintient l’intérêt de la lecture mais qui ne peut éviter pas mal de désordre et quelques redites. On passe d’une dictature à un gouvernement moins sévère en reconstituant soi-même les dates et les lieux, l’auteur nous aidant un peu mais nous laissant la responsabilité de nous repérer, si on le veut (ce qui est tout de même souhaitable dans un roman historique).

On savait à quel point les États-Unis ont « influé » sur le cours de l’histoire dans les pays latino-américains dans lesquels ils avaient des intérêts économiques et politiques, à quel point ils sont souvent intervenus directement, militairement, dans des pays officiellement indépendants. Le mérite de Temps sauvages est de démonter les mécanismes qui ont rendu possibles de telles violations de souveraineté venant de ce qui est donné comme un modèle absolu de démocratie : au plus fort des tractations, 600 agents de la CIA étaient discrètement répartis sur le territoire du Guatemala et des pays voisins.

Dans une sorte de postface, Mario Vargas Llosa qualifie la maison et la conversation d’un des personnages du roman d’ « anarchique, originale, confuse, surprenante », une définition possible de ce Temps sauvages.

Temps sauvages, traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Daniel Lefort, éd. Gallimard, 387 p., 23 €.

Mario Vargas Llosa en espagnol : Tiempos recios, ed. Alfaguara.

Mario Vargas Llosa en français est essentiellement publié aux éd. Gallimard.

MOTS CLES : URGUAY / REPUBLIQUE DOMINICAINE / ROMAN HISTORIQUE / POLITIQUE / EDITIONS GALLIMARD.

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