CHRONIQUES

Benoît COQUIL

FRANCE / ARGENTINE

Benoît Coquil est enseignant, ancien élève de l’Ecole Nationale Supérieure de Lyon. Buenos Aires l’existe pas est son premier livre.

Buenos Aires n’existe pas

2021

En 1918, Marcel Duchamp, accompagné par Yvonne, débarque à Buenos Aires en provenance de New York. Une errance qui dure depuis trois ans. Réformé, il a quitté la France en guerre sans raison majeure, sans même prévenir sa mère.

Une fois installé dans ce pays dont il ne connaît pas la langue, dans cette ville aux mille facettes qu’il découvre un peu saoulé par cette variété de tout, langues, noms de famille, activités, lui ne déborde pas d’activité : il travaille mollement à une œuvre, Grand verre, marche à travers les rues du centre, il est un être fondu dans la foule. Seules, les petites annonces qu’il publie dans les journaux suggèrent un surréalisme farceur plus qu’anarchiste… joli clin d’œil destiné au lecteur de ce récit qui n’est pas un roman.

Il rencontre aussi des artistes ou des proches des milieux artistiques internationaux qui passent par là, un des centres à l’époque de la culture internationale. L’art moderne devient mondial, un Français peut aller vivre à New York puis à Buenos Aires, un Cubain ou un Espagnol à Paris, on se connaît, on se retrouve à l’autre bout du monde.

Il s’essaie à de nouvelle techniques de création : où peut le mener par exemple la notion d’Inframince ?

Les sociétés secrètes, assez nombreuses en ville, se donnent des allures surréalistes (sans peut-être le vouloir). Pourtant autour de lui, comme en France, règne tout ce qu’il y a de plus « classique », de plus banal, on peint des couchers de soleil, des natures mortes ou des batailles locales qui ont fait la gloire immortelle de l’Argentine, c’est ce que croient leurs auteurs. Marcel se sent là aussi bien seul.

Son séjour est marqué régulièrement par des bruits d’explosions et de tirs : les grèves se multiplient dans la capitale et en province, la répression enfle, la bourgeoisie s’inquiète, ce qui laisse Marcel Duchamp indifférent.

Comme reste indifférente cette ville à son départ : aucun trace de son passage sur les lieux qu’il a habités, même pas dans son œuvre, les mots français et anglais abondent, on ne trouve aucun mot espagnol.

En imaginant comment ont pu passer les neuf mois où Duchamp a vécu dans la capitale argentine, sur lesquels on n’a aucun document, Benoît Coquil fait un voyage dans l’espace et le temps, il reconstitue des bribes de vie à une époque qui précède le grand éveil culturel de la ville. Quelques années plus tard Jorge Luis Borges rentrera d’un très long séjour en Europe, Roberto Arlt  publiera son premier roman et Silvina Ocampo son premier article. On n’en saura guère plus sur le créateur, on restera avec le charme de cette chronique couleur sépia d’une ville en pleine transformation.

Buenos Aires n’existe pas, éd. Flammarion, 208 p., 18 €.

MOTS CLES : ARGENTINE / FRANCE / ARTS / PSYCHLOGIE / SOCIETES / EDITIONS FLAMMARION.

Plusieurs œuvres littéraires récentes jouent avec une reconstitution, véridique ou imaginaire, d’un morceau de vie de personnages connus : Georges Bernanos et son bref passage par le Paraguay (La piste Bernanos. Paraguay de Jean-Christophe Potton, éd. Temporis, 2019) et Adolf Eichmann, qui a passé plusieurs années dans la capitale argentine sous un faux nom (Eichmann à Buenos Aires de Ariel Magnus, éd. de l’Observatoire paru le 18 août. 

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