CHRONIQUES

César AIRA

ARGENTINE

César Aira est né dans la province de Buenos Aires, à Coronel Pringles, en 1949. Il a publié plus de cent romans et pièces de théâtre et des essais (sur Copi, entre autres). Il est également traducteur. Il vit dans le quartier de Flores à Buenos Aires.

Esquisses musicales

2019 : 2021

Esquisses musicales, dites-vous ? Avec ce diable et ce génie qu’est César Aira, qu’allons-nous prendre, l’art plastique ou la musique ? Et d’ailleurs, est-ce si différent ? Est-ce différent de la littérature : c’est tout de même d’un livre qu’il s’agit (vous me suivez ?) Non ? Tant mieux, mieux vaut ouvrir ces Esquisses musicales (que vous ne pourrez pas refermer avant la page 118) et vivre la vie de chaque jour de Pringles, la petite ville natale de l’auteur, qui, comme toutes les petites villes natales de n’importe qui, peut se définir par un seul mot : banalité.

Bien sûr, à Pringles, il y a l’hôtel de ville, espèce de « piano démembré en ciment », avatar un peu abâtardi de l’Art  Nouveau pourtant appelé communément le Palais par les Pringlésiens. Dans le Palais, cinquante ans après sa construction, reste à décorer la salle de réception. Or dans Pringles vit un peintre.

Il est vrai qu’on n’a jamais vu un tableau de ce peintre. Cela l’empêche-t-il d’être un artiste ? Le narrateur (César Aira lui-même ?) se met à l’observer. Avec César Aira, on le sait si on le fréquente un peu (et malheureux celui qui jamais ne l’a fait !), on n’en est pas à un paradoxe près. Que l’auteur de plus de cent livres en écrive un de plus sur un peintre sans aucun tableau en est un. Mais les plus prenants sont ses idées, ses mots, ses phrases et quand il démontre, dans une logique implacable que le tableau parfait ne peut, ne doit rien montrer, on sait qu’on ne mettra plus jamais les pieds au Louvre ou au Prado. Et surtout, il faut lire Esquisses musicales  pour voir  de magnifiques tableaux faits de mots.

Dans les romans de César Aira, le plus souvent, on glisse : d’une idée à une autre qui, pour un être normal (nous) n’a rien à voir et qui chez lui devient une suite logique. On glisse ainsi des ragots des Pringlésiens (qui ressemblent à nos voisins) à la sublime beauté d’une nature, celle des impressionnistes. Et jamais, pourtant, il ne se prend au sérieux, ce diable, ce génie. On sourit à chaque page, on se gorge d’une forme d’optimisme : que c’est beau, ce qu’il raconte, ce qu’il décrit, ce qu’il imagine. Et en plus, c’est à notre portée. Il a l’air de nous dire : voyez comme c’est facile, faites comme ce que je vous montre. En refermant le livre (page 118), nous sommes convaincus que nous le pouvons !

Ce livre est une grande respiration d’air pur. Vous voulez voir des tableaux sans aller au musée ? Lisez Esquisses musicales, vous  lirez des tableaux, et des beaux.

Esquisses musicales, traduit de l’espagnol (Argentine) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 120 p., 15 €.

César Aira en espagnol : Pinceladas  musicales, ed. Blatt & Ríos, Buenos Aires.

MOTS CLES : ARGENTINE / LITTERATURE / MEMOIRES / HUMOUR / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

Très bonne idée, celle des éditions Christian Bourgois, de publier le même jour, deux romans écrits à plus de quinze ans d’écart et qui présentent une parenté certaine, Le tilleul, souvenirs d’un enfant qui peut bien être César Aira (mais avec lui, sait-on jamais ?) et Esquisses musicales, où l’on retourne dans la ville natale, Coronel Pringles, pour une réflexion un peu surréaliste sur la création. En France les deux récits paraissent le 20 mai.

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