CHRONIQUES

Eduardo Antonio PARRA

MEXIQUE

Eduardo Antonio Parra est né en 1965 dans l’État de Guanajuato, dans le centre du Mexique. Il est éditeur, auteur de nouvelles et de romans. Il est lauréat du Prix Juan Rulfo, en 200 à Paris.

El Edén

2019 / 2020

El Edén, petite ville où tout le monde se connaît, au nord du Mexique, avait autrefois tout de l’endroit où il fait bon vivre. Le narrateur y était professeur dans le collège public, il entraînait des footballeurs juniors, parmi lesquels Darío, son jeune voisin, sportif très doué.

Un jour, première alerte, Silverio, le père de Darío, épicier, reçoit la visite de trois jeunes gens qui lui annoncent qu’il devra leur payer 5000 pesos par semaine en échange de leur protection. Un tabassage en règle suit le refus du commerçant, le laissant gravement handicapé. Puis vient l’escalade, une nuit d’enfer qui paralyse la ville. Après avoir prévenu la population et lui avoir conseillé de ne pas sortir, deux bandes rivales lourdement armées et équipées livrent une bataille avec explosions multiples et balles perdues, intrusions et pillages des maisons de particuliers. L’horreur.

Huit ans après, le professeur, qui a très vite quitté El Edén pour s’installer à Monterrey, rencontre Darío dans une cantina minable de la ville. En s’appuyant sur le témoignage de l’ex-jeune homme (à 23 ans, il est presque un vieillard) qui lui raconte ce qu’il a vécu cette nuit du siège et en le recoupant avec d’autres récits de témoins, il reconstitue ce qui s’est passé et qui a fait basculer la vie des habitants d’El Edén.

S’ils repensent à la période qui a précédé la crise, Darío et son professeur prennent conscience d’une autre sorte de violence, provoquée, elle, par une fille de 15 ans, Norma, ex-lolita qui dès ses 12 ans jouait à exciter adolescents et adultes et qui était devenue la petite amie du garçon.

La reconstitution se fait par des croisements, à partir de souvenirs précis de Darío, violence déchaînée des deux groupes qui s’entretuent, érotisme déchaîné lui aussi entre Darío et Norma partis à la recherche de Santiago, le jeune frère de Darío. Chez l’ex-professeur, les souvenirs de son ancien élève font naître les siens, ceux de la période d’avant, le calme apparent mais dont on sait à présent qu’il était trompeur, et ces souvenirs font naître à leur tour l’évocation du passé proche et de son présent, lorsqu’il a à peu près tout perdu.

On se retrouve alors plongés, comme les personnages, dans une avalanche de violences et de sexe. Eduardo Antonio Parra veut frapper fort, au risque à certains moments de saturer : coups de feu, sang, sexe, sexe, explosions, blessures, cadavres, avant de retrouver l’atmosphère morne de la cantina.

Avec El Edén, un lecteur européen est immergé dans les assauts de violence extrême qui a été une des plaies du Mexique, surtout dans le nord. Comme pour les Mexicains qui eux-mêmes en ont été les victimes directes, les questions restent sans réponse : pourquoi ces déchaînements ? Pourquoi à cet endroit ? Et les habitants, qui n’avaient rien à voir avec les groupes qui s’affrontaient ? Et les autorités, absentes, muettes, impuissantes elles aussi ? Et enfin, pour les survivants, comment sortir de cette apocalypse ?

El Edén, traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo, éd. Zulma, 336 p., 21,80 €

Eduardo Antonio Parra en espagnol : Laberinto, ed. Literatura Random House / Tierra de nadie : Los límites de la noche / Nadie los vio salir / Parábolas el silencio, ed. Txalaparta, Tudela (Navarra).

Eduardo Antonio Parra en français : Les limites de la nuit, éd. Zulma / Terre de personne, éd. Boréal.

MOTS CLES : MEXIQUE / VIOLENCE / SOCIETE / SEXE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ZULMA.

Sur la violence extrême au Mexique, on peut lire ou relire la très riche étude de Sergio González Rodríguez El hombre sin cabeza (ed. Anagrama) / L’homme sans tête (éd. Passage du Nord-Ouest), document essentiel pour tenter de comprendre le phénomène.

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