CHRONIQUES

Daniel SALDAÑA PARÍS

MEXIQUE

SALDAÑA PARIS, Daniel

Né en 1984 à Mexico, après des études de Philosophie à Madrid, il publie ses premiers poèmes qui sont couronnés par le Premio Nacional de Poetas Jóvenes. Il est également éditeur. Plier bagage est son deuxième roman traduit en France.

Plier bagage

2018 / 2021

Quinze petites heures peuvent parfois suffire pour sortir de l’enfance, ou pour laisser croire à l’enfant qu’il est sorti de l’enfance. Sort-on jamais de son enfance ? On peut  se poser la question quand on voit vivre la famille du narrateur, 34 ans, seul sur son lit défait, qui revient sur l’été de ses 10 ans, alors qu’il avait encore une famille.

L’événement de ce mois de juillet ou août de 1994, en pleines grandes vacances, c’est l’absence un matin de Teresa, la mère. Le père désormais devra éduquer « contre son gré et le nôtre » l’adolescente Mariana et celui qui raconte, encore un enfant. Teresa, dont la voix ressemblait à celle d’un ordinateur, savait pourtant donner des conseils à ses deux enfants, mais personne ne semble être vraiment attaché aux autres, les divergences sont nombreuses.

Le garçon croit savoir, sait que le Chiapas où se trouve depuis peu un homme à passe-montagne avec une pipe à la bouche, était le but de Teresa. Rappelons que le soulèvement zapatiste a officiellement commencé le 1er janvier 1994. L’enfant va tenter de la rejoindre.

L’« apprentissage », l’« initiation » de notre garçon est bien modeste et sans grand effet, si on pense au narrateur de 34 ans. Daniel Saldaña París s’amuse à détourner les ressorts habituels. On pourrait définir son récit par une suite de négations : le héros n’en est pas un, sa famille n’en est pas une, elle ne fait pas partie des classes aisées et n’est pas dans la misère, les parents ne sont pas des modèles, etc. Et, avec tous ces « ne » l’auteur crée une atmosphère entre la dérision, la drôlerie et la tendre compassion. Les premières pages sont sympathiques, peu à peu naît l’empathie, tout devient poignant. On finit par ne plus savoir si le narrateur est l’adulte de 34 ans ou l’enfant de 10 en train de sortir de l’enfance. D’ailleurs y a-t-il des adultes dans cette famille : Mariana, la sœur, est l’ado dans toute son immaturité, la seule action de la mère, malgré des bribes d’éducation qu’elle glisse dans son discours un peu automatique, est de fuir, et le père « fait ce qu’il peut », c’est à dire rien ou presque, dépassé face à ses deux rejetons et plus tard face au cancer.

Finalement le lecteur (autre solitaire du roman) est le seul à deviner que le narrateur, enfant et adulte, est bien plus riche que ce qu’il croit avoir été, que ce qu’il dit être, malheureusement il n’en est pas conscient. On peut en dire autant de ses deux parents.

La richesse de ce roman se cache bien sous cette simplicité qui pourrait être prise pour de la naïveté, et le lecteur est reconnaissant à l’auteur de lui offrir ce rôle actif : l’un et l’autre, l’un grâce à l’autre, peuvent façonner ce personnage trop modeste. Ce cadeau est rare, donc précieux, aussi précieux qu’un origami réussi.

Plier bagage, traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry, 192 p, 18 €, version numérique 12,99 €.

Daniel Saldaña París en espagnol : El nervio principal / En medio de extrañas víctimas, ed.Sexto Piso, Madrid.

Daniel Saldaña París en français : Parmi d’étranges victimes, éd. Métailié.

Quelques romans mexicains ont des rapports étroits avec Plier bagage : Batailles dans le désert de José Emilio Pacheco (éd. La Différence, 2009) / Las batallas en el desierto, ed. Tusquets), Éduquer les taupes de Guillermo Fadanelli (éd. Christian Bourgois, 2008) / Educar a los topos, ed. Anagrama) ou Quand je serai roi (éd. Métailié, 2009 et Points, 2010) : Uno soñaba que era rey, ed. seix Barral.

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