CHRONIQUES

Alia TRABUCCO ZERÁN

CHILI

Alicia Trabucco Zerán est née à Santiago en 1983, fille d’une journaliste et d’un cinéaste. Après des études de Droit et de Littérature, au Chili, aux États-Unis et en Grande Bretagne, elle se consacre à l’édition et à l’écriture de nouvelles et de roman. La soustraction est son premier.

La soustraction

2014 / 2021

Deux voix se répondent dans ce roman centré sur la mort, la séparation et la disparition, sur des  soustractions. Felipe et Iquela étaient amis, enfants, parce que leurs parents étaient amis. Amis, militants et victimes.

Devenus adultes et restés amis, Felipe et Iquela sont incapables d’échapper au passé qu’ils partagent avec la génération qui les a précédés. Dans un Santiago nocturne, sinistre de nuit et de jour, qui perd ses couleurs sous la pluie de cendres provoquée par l’éruption d’un volcan, Felipe vit dans l’obsession de la mort, des morts connus et surtout inconnus qu’il passe son temps à compter en établissant d’infinies statistiques : nombre, âge, calendrier…

Iquela elle aussi remplit ses pensées de chiffres : les sucres dans son café, les années qui passent, les pigeons sur un arbre, tout pour elle se transforme en nombres.

C’est pendant cette pluie de cendres qu’arrive d’Allemagne où ses parents s’étaient réfugiés pendant les années terribles Paloma, autre fille de militants. Sa mère, Ingrid, vient de mourir et elle veut l’enterrer à Santiago. Mais l’éruption a obligé l’avion à se détourner et à atterrir à Mendoza, en Argentine.

Il est difficile de dominer ses émotions quand la plupart de ceux qui ont compté (ou qui auraient dû compter) ne sont plus là. L’humour cynique est une des possibilités. Felipe, Iquela et Paloma la pratiquent, mais sans trop y croire, un humour qui se mêle à l’ambiance noircie par les cendres volcaniques qui continuent de couvrir rues et passants.

Le style tendu, nerveux d’Alia Trabucco Zerán, dont c’est le premier roman, manque parfois de naturel, de spontanéité. Les cours d’écriture, très en vogue en Amérique du Nord et qui se développent considérablement au sud, aident certainement à la technique, mais le mot lui-même, technique, n’est-il pas une contradiction flagrante de toute création ? Les recettes (autre mot contestable) ne sont éventuellement valables que si elles ne sont pas apparentes et, au fond, tout écrivain devrait savoir s’en passer.

Ces remarques n’enlèvent rien à ce qu’a voulu dire Alia Trabucco Zerán, une autre vision de cette « deuxième génération » des jeunes Chiliens (elle est elle-même née en 1983, sous le régime du général Pinochet) qui dans diverses créations, littéraires en particulier, se posent des questions essentielles, la responsabilité, la mémoire et, ici, ce désespoir fondamental qu’elle partage avec une partie de cette jeunesse.

La soustraction, traduit de l’espagnol (Chili) par Alexandra Carrasco, éd. Actes Sud, 208 p., 21 €, version numérique, 15,99 €.

Alia Trabucco Zerán en espagnol : La resta, ed. Demipage, Madrid / Las homicidas, ed. Lumen.

MOTS CLES : CHILI / HISTOIRE / DICTATURE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS ACTES SUD.

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