CHRONIQUES

Cesare BATTISTI

BRESIL / ITALIE

Né en 1954 au sud de Rome, Cesare Battisti est connu pour ses démêlés avec la justice italienne autant que pour son œuvre littéraire (une vingtaine de romans ou d’essais). Condamné pour assassinat, à l’époque des années de plomb, il fuit à l’étranger après son évasion d’une prison italienne. Il passe 8 ans au Mexique, 14 ans en France, 14 ans au Brésil avant de se réfugier en Bolivie (2018 – 2019) où il est arrêté par Interpol, puis transféré dans une prison italienne. En 2019, il reconnaît sa responsabilité dans quatre assassinats.

 « La vie m’emmène, et je m’engage souvent sur des chemins inconnus ». Cette phrase tirée du roman Indio s’applique parfaitement à la trajectoire de Cesare Battisti.

Indio

2020

Indio Fernandes Pessoa est un drôle de type, dont le narrateur surnommé le gringo fait la connaissance dans un curieux quartier de São Paulo qui se consacre à toute sorte de création artistique. Sculpteur, solitaire, taiseux, il avait annoncé au gringo sa volonté de faire à vélo les 350 kilomètres qui séparent Embu das Artes de Cananéia, au sud, ville qui pourrait être la première ville brésilienne et où on le retrouvera noyé parmi les mangroves, lui qui était un excellent plongeur.

Celui qui raconte est donc un étranger « devenu plus brésilien qu’une feijoada ». Son ami Baiano l’a fait venir à Cananéia pour l’enterrement d’Indio, c’était lui qui était le lien entre les deux Brésiliens. Indio s’était installé sur ce curieux îlot tout en longueur pour fouiller l’histoire locale.

Indio, le sculpteur, n’est pas le seul homme taciturne, tous les sont, le gringo du fait de son passé, se doit de rester discret. On échange naturellement par un regard, par un léger froncement des lèvres, les mots sont inutiles.

Cananéia est ce qu’un amateur de clichés appellerait un paradis terrestre à couper le souffle. La nature y est imposante et familière à la fois, le calme, peut-être trompeur, s’impose aussi, souverain, le rêve s’insinue dans le réel. Les phrases de Cesare Battisti sont remplies de légendes antiques, celles du Nordeste comme celles du sud brésilien, qui se fondent dans son présent.

Autour d’Indio Fernandez Pessoa, le narrateur sent un mystère : pourquoi, sur son vélo hors d’âge, avait-il tenu à parcourir tous ces kilomètres ? Pour quoi ? Il semble que ça ait été dans le but d’éclaircir d’autres zones mystérieuses, historiques celles-là ou de redécouvrir un trésor bien matériel. Le continent américain a-t-il été découvert et exploré exactement comme on nous l’a dit ? Y a-t-il encore de l’or enterré secrètement à découvrir ?

Il est donc question de morts brutales mystérieuses, des légendes indiennes, de l’histoire, celle officielle de la découverte du continent américain et d’autres versions qui se sont répandues dans le Sud du Brésil, de pirates connus dont ce qu’on croyait savoir est remis en cause. Indio est bien à la fois un polar, un roman d’aventures historiques et un roman noir, mais teinté d’une saine écologie et porté par la beauté d’un style efficace et très poétique.

Le polar, c’est l’enquête que mène le gringo, sur la mort peu claire de deux hommes. Le roman historique, ce sont plusieurs épisodes de la conquête, avec caravelles et rapports avec les populations indiennes. L’écologie est partout, la beauté des paysages et l’accord entre la mer, les arbres, les animaux et, souvent, les hommes.

La nature règne non seulement sur ces rivages sauvages, mais aussi sur leurs habitants, sur la vie, simplement parce qu’elle est la vie : il est nécessaire, quand on vit au XIXème siècle, qu’on vient de cette mégapole qu’est São Paulo, de redire certaines évidences, Cesare Battisti le fait magistralement.

Indio, éd. Le Seuil, 256 p., 18,90 €.

MOTS CLES : BRESIL / ITALIE / ROMAN NOIR / HISTOIRE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / ECOLOGIE / EDITIONS LE SEUIL.

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