V.O.

Claudia PIÑEIRO

ARGENTINE

Claudia Piñeiro est née à Buenos Aires en 1960. Elle est l’auteure de pièces de théâtre, de scénarios de films et de plus d’une dizaine de romans dont certains destinés à la jeunesse. Elle a obtenu divers prix littéraires importants.

Catedrales

2021

Quelle famille n’a pas une cicatrice, plus ou moins visible, plus ou moins enfouie ? Celle des Sardá est profonde et même ineffaçable : la plus jeune des trois filles, Ana, a été retrouvée morte, son corps a été brûlé et mis en morceaux. Elle avait 17 ans. Chaque autre membre de la famille réagit à sa façon, la sœur aînée, Carmen, en se plongeant encore plus qu’avant dans une religion très frileuse, la deuxième, Lía en fuyant son pays, l’Argentine, pour s’installer à Saint-Jacques de Compostelle et le père, Alfredo en recherchant inlassablement le motif et l’auteur du drame.

Trente ans plus tard, les cartes se sont redistribuées. La famille compte deux nouveaux membres, Julián, qu’on avait connu séminariste au moment de la tragédie, qui n’a toujours pas été élucidée, a épousé Carmen, et ils ont eu un fils, Mateo. Apparaît aussi Marcela, l’amie la plus proche d’Ana, en partie amnésique depuis qu’elle a assisté à la mort de son amie.

Ce qui pourrait ressembler à un mélo  populaire prend, grâce à la maîtrise de Claudia Piñeiro, des allures de fresque très originale, mêlant thriller, analyse psychologique et tableau d’une société paralysée par un catholicisme refermé sur lui-même, incapable de la moindre tolérance même envers la souffrance.

Un peu à la manière d’un Manuel Puig (quelques clins d’œil lui rendent hommage), défilent les narrateurs, chacun avec son style, les points de vue, ce qui construit une vision globale de ce qui s’est passé trente ans plus tôt et qui rend passionnante cette découverte progressive. Manuel Puig n’est d’ailleurs pas le seul clin d’œil littéraire : nommer Funes, dans le pays de Borges, la malheureuse Marcela qui a perdu une bonne partie de ses souvenirs en est un autre.

Un peu comme Marcela, qui a juré à son amie Ana de ne jamais révéler ce secret qui l’a conduite à la mort, je suis tenu à la discrétion, impossible pour moi d’en dire plus, au risque de gâcher tout l’intérêt du futur lecteur. J’en serai réduit à souligner la grande honnêteté intellectuelle de Claudia Piñeiro : son roman est la dénonciation sans appel d’un scandale social qui a été récemment au centre de longues discussions en Argentine. Cette dénonciation est nette et claire, cela ne l’empêche pas de conserver une modération qui lui rajoute encore de la force. Le catholicisme rigoureux que pratiquent certains de ses personnages n’est pas caricatural, même quand dans leur obstination ils font preuve d’une hypocrisie effrayante, les prêtres ne sont pas des monstres, mais parfois les bonnes intentions ne résistent pas devant l’inévitable. La modération de l’auteure, Dieu merci, ne tue pas l’indignation du lecteur contre certains personnages, si « respectables » aux yeux de la société et de l’Église catholique !

Les romans de Claudia Piñeiro se suivent, variés dans leur thématique, ils gardent les qualités qu’on lui connaît depuis ses débuts : des idées bien affirmées sur une société en plein questionnement et en pleine évolution qu’elle réussit brillamment à faire partager grâce à des histoires en relation étroite avec ce que chacun de nous peut voir autour de lui. N’est-ce pas le rôle du romancier depuis Zola ?

Catedrales, ed. Alfaguara, 306 p.

MOTS CLES : ARGENTINE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / RELIGION : EDITIONS ALFAGUARA.

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