CHRONIQUES

Samanta SCHWEBLIN

ARGENTINE

Samanta Schweblin est née à Buenos Aires en 1978. Elle est l’auteure de deux romans et de recueils de nouvelles qui ont reçu plusieurs prix de prestige.

Kentukis

2018 / 2021

Qu’on vive dans un village italien, à Lyon, quelque part au Guatemala ou en Chine, si on souffre de la solitude qui est devenue une réalité mondiale, pourquoi ne pas se payer ce nouveau gadget, pas donné mais si utile : le kentuki, qui peut avoir la forme d’un corbeau, d’un panda ou d’une taupe, devrait être le nouveau compagnon idéal pour sentir une présence.

Le nouveau « jouet », très à la mode, fonctionne très bien dans le monde entier, des milliers d’utilisateurs « jouent » à s’observer, à se donner des ordres et à y obéir ou pas. On oublie un peu de se poser des questions pourtant essentielles : qui commande ? Celui qui obéit, est-il heureux d’obéir ? Le maître  et l’objet sont-ils restés libres de leurs décisions ? Ce « jeu » n’est-il pas un peu pervers quelque part ?

Dans un contexte où bourreaux (éventuels) et victimes (éventuelles) sont tous de bonne foi, où les maîtres sont d’une certaine façon dignes de confiance et où les objets n’auraient qu’à se déconnecter pour échapper à un supplice (très éventuel), le plus sage ne serait-il pas de laisser les choses telles qu’elles sont ?

Samanta Schweblin sait entretenir son lecteur dans un flou permanent, du fonctionnement de ces petits êtres dotés d’une vie qui n’en est pas vraiment une à la psychologie des personnages réels, dont les réactions sont parfois inattendues. Cette façon de faire a l’avantage de permettre un partage à égalité des mystères de cette technologie, les personnes et les  utilisateurs n’en sachant guère plus que nous, et la narratrice ne nous dit pas tout ce qu’elle sait !

L’Argentine a créé une tradition de récits fantastiques dont Felisberto Hernández, Julio Cortázar, Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares sont les représentants les plus connus. Samanta Schweblin se coule dans ce courant devenu classique en adaptant à la modernité ses décors et ses problèmes (cette fausse « communication » dans laquelle chacun est bien seul devant son écran), elle parvient à créer un climat inquiétant fait de réalisme et de mystère, d’inquiétude aussi. En refermant le roman, on est heureux de se retrouver dans notre monde matériel : réaction certainement paradoxale elle aussi.

Kentukis, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, éd. Gallimard, 265 p., 20 €

Samanta Schweblin en espagnol : Kentukis / Distancia de rescate, ed. Literatura Random House.

Samanta Schweblin en français : Toxique, éd. Gallimard. / Des oiseaux plein la bouche, éd. Le Seuil.

MOTS CLES : ARGENTINE / MONDE / SOCIETES / SCIENCE FICTION / PSYCHOLOGIE / EDITIONS GALLIMARD

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