CHRONIQUES

Germán MAGGIORI

ARGENTINE

Germán Maggiori est né en 1971 à Lomas de Zamora, dans la province de Buenos Aires. Auteur de nouvelles, il a été remarqué dès 2011 pour son premier roman, Entre hommes, adapté pour la télévision.

Egotrip

2017 / 2020

Edgardo Caprano est, disons, un peu dans la mouise, c’est un euphémisme. Son ex l’a quitté pour un bodybuildé et lui pompe ses maigres revenus au nom de la pension alimentaire pour sa fille Mimí. Son nouveau métier n’est pas franchement enthousiasmant : il est chargé par sa compagnie d’assurances d’informer des malheureux proches du stade final qu’ils ont mal lu les petites lettres de leur contrat et que rien d’un éventuel traitement qui pourrait les sauver ne leur sera remboursé.

Forcément, il est un peu amer, notre Edgardo, il voit le mal partout, sauf dans des drogues variées et des alcools puissants, dont il abuse un peu trop souvent. Et puis il se sent mal entouré : les hommes sont des tarés impuissants, les femmes de grosses connasses : le monde est cruel.

On ne fera pas lire Egotrip à une fillette ou à un jeune gars, ils y trouveraient de vilaines actions et assez peu de moralité. Mais qu’il est drôle, ce personnage miteux ! Germán Maggiori (ou, peut-être, qui sait ?, Edgardo Caprano) sait très bien faire partager à son lecteur la sorte d’état second quasi permanent dans lequel Edgardo a plongé, lui grâce à ses substances étranges mais apparemment efficaces, nous grâce à ses fulgurances d’humour très noir ou carrément pipi-caca mêlées à des lueurs poétiques : l’«odeur âcre de mouffette écrasée» fait pan avec les vibrations du soleil sur « une oasis d’eau ». Une extraction de dents chez un dentiste pas des plus cleans prend des allures d’épopée.

On rit beaucoup, c’est vrai, mais d’événements tragiques ou de personnages misérables et Germán Maggiori joue très habilement avec les contrastes : les causes du malheur du protagoniste, par exemple, l’impossibilité qui s’est créée, qu’il s’est créée en partie, pour avoir de belles relations avec sa fillette qu’il aime ou son autre relation, ratée, avec sa mère.

Le trip annoncé dans le titre a tendance à être à sens unique, vers la descente, tout se dégrade allègrement, en commençant par le visage d’Edgardo, qui aurait besoin de plus d’aménagement à chaque chapitre qui le concerne. Car d’autres histoires viennent curieusement couper le fil du récit, passages hors champ, hors sujet si on s’en tient à un roman. On ne voit pas toujours leur utilité. On peut aussi se poser des questions sur les derniers épisodes de la saga Edgardo Caprano qui tourne au règlement de comptes, personnel et général, contre la société argentine dont la description est bien plus proche de Arlt que de Borges (on s’en doutait !) : petits loubards paumés, petits employés exploités, petits chômeurs qui n’ont pas les moyens de se faire soigner correctement, petite nazie aïeule qui croit régner sur un village.

La postface de Germán Maggiori apporte encore un plus au trouble et au malaise : ce qu’on vient tout juste de lire est-il une expérience vécue de l’auteur / des auteurs, ou une mise en scène, une espèce de canular littéraire ? Le trouble demeure !

Egotrip, traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Guicherd, éd. Inculte, 225 p., 20,90 €.

Germán Maggiori en espagnol : Egotrip, ed. Edhasa, Buenos Aires. /

MOTS CLES : ARGENTINE / ROMAN NOIR / VIOLENCE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS INCULTE.

Les lecteurs de Egotrip aimeront aussi, sans aucun doute, Patagonie route 203, d’Eduardo Fernando Varela (éd. Métailié), Les larmes du cochontruffe, de Fernando A. Flores (éd. Gallimard) et aussi L’employé, de Guillermo Saccomanno (éd. Asphalte), tous trois commentés sur AnnA.

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