CHRONIQUES

Copi

FRANCE – ARGENTINE

Né en 1939 à Buenos Aires, Raúl Damonte Botana a passé une partie de son enfance à Montevideo, avant de s’installer à Paris en 1963. Auteur de trois romans, il a aussi été un dessinateur et un homme de théâtre (auteur et comédien) et aussi une des figures de proue du mouvement homosexuel des années 1970 en France. Il est mort du sida en 1987.

Le bal des folles

1977 / 2021

On a adoré ses dessins, La Dame assise entre autres, qui faisait les beaux jours du Nouvel Observateur dans les années 70. On se régale encore de ses pièces de théâtre, toujours jouées 30 ans après sa mort. On a peut-être déjà lu un de ses romans délirants.

Dans Le bal des folles, publié pour la première fois en 1977 et réédité plusieurs fois depuis, ce sont les coulisses de sa création qu’il montre : ses discussions avec son généreux éditeur qui lui fait cadeau d’une confiance absolue, sa livraison hebdomadaire d’une page de dessins pour des journaux et des revues (il faut faire  bouillir la marmite) et sa difficulté, presque son impossibilité d’avancer dans ce nouveau roman qu’il veut mener à bout, dont le personnage principal est Pierre, jeune amant italienet dont le sujet est la mort du jeune homme.

Tendre et cruel, le narrateur passe du sentiment de manque provoqué par la disparition et le désir de tuer une deuxième fois : ainsi pourra-t-il survivre lui-même. Il accumulera d’ailleurs les cadavres au long de ces 120 pages !

Bien qu’on soit dans un monde absolument réel, on se demande très vite si ce qu’on lit est bien ce qu’on croit voir. C’est un roman foisonnant : Rome, New York, Ibiza, Paris rive gauche, rive droite, comme deux villes différentes, et au centre un Copi multiple, créateur génial : théâtre, dessins, récits, consommateur insatiable d’alcool et de drogues diverses, de sexe bien sûr, mais surtout en quête, en quête d’un peu tout, d’une tendresse impossible dans cet univers de folles excessives, incontrôlables, le sexe débridé des années 60 et 70 ne parvenant pas à combler un homme qui ne peut, au fond, qu’être insatisfait.

Ce qu’il fait revivre dans son roman est pur réalisme (un index des lieux parisiens l’atteste) et pur fantasme. Un exemple : l’éditeur-personnage, très présent de la première à la dernière page, fait penser à Christian Bourgois, ouvert à tout ce qui apporte à la fois originalité et qualité, mais il n’est pas Christian Bourgois, oh que non !

Le véritable Christian Bourgois a jadis voulu ne pas corriger les petits accrocs au français que pratiquait Copi, ses successeurs en ont fait autant, ils ont bien eu raison, le charme de cette langue par ailleurs impeccable est réel. Confession ? Autobiographie ? Pure fiction ? Le bal des folles est tout à la fois. On ne va quand même pas reprocher à un pareil créateur un brin d’invraisemblance, tout de même !

Une remarque au passage, en cette époque qui devient frileuse : si jamais parmi mes lecteurs se trouvent quelques pisse-froid, ce qui serait étonnant, qu’ils se disent bien que tout n’est pas ici à prendre au premier degré !

Il n’y pas que les folles qui soient folles, la prose de Copi l’est aussi, grandiose dans ses délires, débordante, tragique dans sa drôlerie.

Le bal des folles, éd. Christian Bourgois, 121 p., 7,50 €.

MOTS CLES : FRANCE / ARGENTINE / HUMOUR / LITTERATURE / SOCIETES / EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS.

On peut trouver d’autres « folles », des trans pour être exact, dans le roman récent de Camila Sosa Villada Les Vilaines (éd. Métailié).

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