CHRONIQUES

Martín LOMBARDO

ARGENTINE / FRANCE

Né à Buenos Aires en 1978, Martín Lombardo a étudié la psychologie et la littérature en Argentine et en France. Il est psychanalyste et il enseigne la littérature latino-américaine à l’Université Savoie-Mont Blanc à Chambéry.

Silencio Pentacker o una breve historia europea.

2018

Pentacker, le « héros » de ce roman (le mot héros revient souvent) est un homme bien modeste, trop modeste. Enseignant dans la première partie, d’origine lointaine, il professe dans une petite université de la province française. Il vit dans le monde, fait ses achats, mange, dort, et il vit un peu à côté. Il ne déteste pas se voir malheureux, il ne renonce pas à s’apitoyer sur lui-même, mais sans bruit, en vase clos.

Il se dit mélancolique et il l’est, il se dit narcissique, il l’est probablement, mais l’est-il plus que tout un chacun ? Cela reste à prouver. Il est surtout contradictoire. Sa vie semble paisible, mais le feu couve.

Les rares dialogues, avec Vladimir, une espèce d’alter ego, ne sont le plus souvent que deux monologues simultanés, Pentacker est si maladroit, malgré sa bonne volonté. Cette maladresse l’isole encore plus, les femmes le quittent, ce qui le rend un peu plus maladroit et solitaire. Seule référence féminine solide, une grand-mère morte depuis plusieurs années, restée au pays, dont l’image d’indépendance, de force, de liberté revient entre deux échecs, la seconde référence étant le fantôme d’une Anouck, ancien amour, qui revient régulièrement le hanter.

La réalité mondiale est à l’affût dans la réalité individuelle des personnages : la terreur politique en URSS, pays d’origine de Vladimir, ou des portraits de Franco affichés dans de modestes maisons galiciennes où Pentacker a séjourné. Ainsi sont évoqués le destin individuel, la responsabilité de chacun.

Après la période « universitaire » du protagoniste vient une nouvelle période de doutes : comment survivre dans un pays paraît-il évolué sans métier ? Il est vrai que courir après trois sous est inélégant ! Pantacker vaut mieux que ça, mais, en même temps,  il faut bien penser à rembourser ses nombreuses dettes. Les lectures pour éditeurs, les chroniques publiées dans divers journaux permettent de joindre les deux bouts, restent le pessimisme, l’insatisfaction. David, un psychologue aussi fauché que notre Pentacker, a remplacé Vladimir, sans lui apporter plus. Autour de lui tourne le monde sur lui-même, ce qui donne naissance à des remarques qui ne manquent pas de mordant.

On pourrait reprocher à Martín Lombardo de tourner en rond autour de son personnage névrosé, ce serait un mauvais procès. Le style mi-aristo, mi-prolo, la distance mi-tragique, mi-amusée et surtout le choix des mots qu’il se plaît à aller cueillir dans le passé littéraire comme dans la rue, tout cela crée un véritable plaisir pour le lecteur.

Silencio Pentacker, o una breve historia europea., ed. Eduvim, Córdoba (Argentina), 2018.

MOTS CLES : ARGENTINE / FRANCE / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / HUMOUR / EDITIONS EDUVIM

Silencio Pentacker o una breve historia europea rejoint plusieurs thèmes du roman Un père étranger d’Eduardo Berti (éd. La Contre Allée) récemment commenté sur AnnA.

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