CHRONIQUES

Claudia PIÑEIRO

ARGENTINE

Claudia Piñeiro est née à Buenos Aires en 1960. Elle est l’auteure de pièces de théâtre, de scénarios de films et de plus d’une dizaine de romans dont certains destinés à la jeunesse. Elle a obtenu divers prix littéraires importants.

Les malédictions

2017 / 2021

C’est le plus grand des hasards qui a fait il y a cinq ans de Román Sabaté un jeune provincial récemment arrivé à Buenos Aires, un rouage essentiel d’un nouveau parti, Pragma, dont le projet le plus polémique est de couper en deux la plus puissante province argentine, celle de la capitale. Il est devenu, un peu par miracle, le membre le plus proche du flamboyant leader, Fernando Rovira. Mais en politique le hasard et les miracles existent-ils ?

Dès son recrutement, Román Sabaté est soumis à des règles auxquelles il ne s’attendait pas, lui qui n’avait pas envisagé « entrer en politique » : il lui faudra garder un secret absolu sur son activité de personal trainer de Rovira pour commencer et, par conséquent apprendre à dissimuler, à mentir en permanence.

Le but de Fernando Rovira est clair, parvenir à la Présidence, mais il y a un hic : aucun gouverneur de la province de Buenos Aires n’y est parvenu, la faute à une malédiction ancienne (qui a un ou deux corollaires : aucun Président originaire de la province de Córdoba n’a fini son mandat, comme aucun Président des États-Unis élu une année qui finit par un zéro n’est arrivé au terme de son mandat, Reagan mis à part… On verra pour Joe Biden !). Le cours d’histoire et une touche de sorcellerie, entretenue par la mère de Fernando Rovira, font la paire. Et le lien entre les deux, remarquablement organisé par Claudia Piñeiro, est constitué par le – ou les – mystère central et ramifié : les rapports cachés entre Fernando Rovira et sa femme assassinée avec Román Sabaté, la confiance entre Sabaté, la China, la journaliste pourtant idéologiquement proche, qui fait tout pour que la vérité finisse par éclater, Sebastián, l’ami d’une fidélité à toute épreuve. L’honnêteté de beaucoup compense les bassesses du monde politique, une honnêteté morale mise à mal par la réalité même de la politique : c’est  vrai pour la China, qui voudrait dire les choses comme elles sont et qui est souvent contrainte d’adopter les « éléments de langage » imposés par les autorités. Jusqu’au moment où… Ce moment-là est le sujet du roman.

La dureté extrême du monde politique, on connaît, on connaît la figure du chef manipulateur n’ayant qu’un but unique : gagner par tous les moyens et atteindre le sommet de la pyramide du pouvoir. Mais on n’est que très rarement aussi proches non du pouvoir mais des hommes de pouvoir. Tous les protagonistes des Malédictions ne sont que des êtres humains qu’on verrait très différemment s’ils apparaissaient sur notre téléviseur. Claudia Piñeiro déconstruit très habilement leur image pour les montrer tes qu’ils sont, et c’est pathétique, au vrai sens du mot.

L’histoire est construite comme un roman policier, avec les détails cachés dont on suppose l’existence et qui se révèlent peu à  peu, une bonne dose de suspense, des sentiments cachés ou révélés, de belles relations humaines et une description de la politique, pas seulement argentine, ces hommes politiques plutôt pitoyables ressemblent aux nôtres. L’hommage discret mais bien marqué à Raúl Alfonsín prouve, à l’inverse, que politique et sentiment peuvent être réunis, dans certains cas.

Ces Malédictions sont une grande réussite, ce que tout lecteur peut attendre d’un roman, le tenir en haleine, éveiller des sentiments d’adhésion et de rejet pour les personnages, lui faire découvrir des zones peu explorées, en un mot l’intéresser et même le passionner de la première à la dernière ligne.

Les malédictions, traduit de l’espagnol (Argentine) par Romain Magras, éd. Actes Sud, 320 p., 22,80 €, version numérique 16,99 €.

Claudia Piñeiro en espagnol : Las maldiciones / Catedrales / Quién no / Elena sabe / Las grietas de Jara / Una suerte pequeña / Betibú / Las viudas de los jueves / Tuya, ed. Alfaguara.

Claudia Piñeiro en français : Les veuves du jeudi / Elena et le roi détrôné / Bétibou / Une chance minuscule, éd. Actes Sud.

MOTS CLES : ARGENTINE / POLITIQUE / HISTOIRE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS ACTES SUD.

De Claudia Piñeiro, déjà commentés sur AnnA les romans Elena et le roi détrôné, Les veuves du jeudi, Betibou et A toi.

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