CHRONIQUES

José Antonio RAMOS SUCRE

VENEZUELA

José Antonio Ramos Sucre est né en 1890 à Cumaná. Brillant linguiste (il dominait au moins huit langues), érudit, il fut professeur, poète et diplomate. Il était consul du Venezuela à Genève où il est mort en 1930.

En général, sur AnnA (Americanostra / nos Amériques), nous commentons toute sorte de récits, romans, nouvelles (cuentos) ou documentaires. Pour une fois voici la présentation de poèmes (en prose) venus du Venezuela que viennent de traduire trois universitaires lyonnais :

La substance du rêve

1912-1930 / 2020

« Il n’est pas facile d’écrire un bon jugement sur deux livres aussi profonds et aussi raffinés », écrivait José Antonio Ramos Sucre à  son frère à propos de ses deux premiers ouvrages publiés. Après une telle phrase, que peut dire un malheureux commentateur assez peu versé dans la poésie, un siècle plus tard ?

Ce qui frappe d’emblée le lecteur qui découvre Ramos Sucre, c’est la variété de l’inspiration : une poésie à base de philosophie, de simple beauté, d’éléments venus du quotidien, de regards sur soi-même. Le tout étant sous-tendu par une vaste culture qui va de l’Antiquité gréco-romaine à la lecture de l’actualité internationale de l’époque.

Sur lui-même, sujet de nombreux textes du recueil, c’est l’insatisfaction qui prédomine : ce qui devrait constituer sa vie, son être, lui échappe, n’est pas à sa portée ou s’est éloigné de lui. Il se sent captif, et l’enfermement prend de multiples formes : grotte, temple, nature hostile. Les poèmes peuvent être de courts récits pénétrés d’un certain effet fantastique à racines réalistes, d’une brume désespérée.

La vieillesse, le fantôme de la vieillesse, la menace de son approche, sont un autre thème récurrent chez cet homme qui pourtant mourut à 40 ans.

Il serait hasardeux de vouloir comparer de tels textes avec ceux de poètes antérieurs ou contemporains, même si pour certains on pense à Borges et à Martín Adán, qui en Amérique latine au même moment bousculaient eux aussi les normes.

Les références venant de diverses cultures, Moyen-Âge européen, Extrême Orient ou romantisme, par exemple, sont nombreuses, elles multiplient les éclairages pour un lecteur du XXIème siècle, comme c’était déjà certainement le cas pour un lecteur de 1920.

L’un des buts universels de toute poésie est de permettre à celui qui la lit une évasion vers des univers aussi éloignés du monde réel que possible. Avec ses phrases, ses constructions de mots qui ne sont qu’à lui, José Antonio Ramos Sucre se révèle être un des poètes les plus représentatifs de cette volonté.

Un mot pour finir sur la traduction, très particulière de ces trois recueils. Les trois traducteurs ont travaillé dans une indépendance collaborative : chacun assumant la traduction de sa propre partie, mais en échangeant constamment pour respecter une unité de l’ensemble du livre. Mission brillamment réussie !

La substance du rêve , traduit de l’espagnol (Venezuela) par Philippe Dessommes, Michel Dubuis et François Géal. Préface de Gustavo Guerrero, introduction de François Delprat, éd. PUL, Lyon, 288 p., 15 €.

MOTS CLES : POESIE / VENEZUELA / LITTERATURE / EDITIONS P.U.L.

4 réflexions au sujet de “José Antonio RAMOS SUCRE”

  1. Merci pour votre compte rendu et tout particulièrement pour les éloges que vous faites de notre traduction. Souvent, les critiques parlent d’ouvrages étrangers en oubliant complètement qu’ils ont été traduits…
    Bien cordialement
    F. Géal

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