CHRONIQUES

Francisco URONDO

ARGENTINE

Né dans la province de Santa Fe en 1930, Francisco Urondo commence à publier des poèmes dès le début des années 1950. Il est aussi journaliste et il est nommé Directeur de la Culture de Santa Fe. Militant actif, il est tué dans un affrontement avec la police en 1976. Plusieurs des policiers impliqués ont été condamnés en 2011 suite à la mort de Francisco Urondo.

Histoires argentines

1966 – 1967 / 2020

Histoires argentines, c’est le recueil  des nouvelles publiées par Francisco Urondo en 1966 ( Todo eso : Tout cela) et 1967 ( Al tacto / Au toucher), une époque où l’Argentine hésite entre le péronisme, la dictature et la révolte, ce qui se ressent nettement quand on lit les textes en question. Les éditions L’Atinoir ont eu la très bonne idée de réunir les deux livres et de faire connaître en France un auteur et un militant qui a payé de sa vie son engagement.

Tout cela, la première partie de notre recueil, emmène le lecteur à travers des virées mémorables, peuplées de filles et de femmes joliment rondelettes, peu, pas ou carrément farouches, avec boissons variées et célébrations de l’amitié d’une bande de copains prêts à se trahir l’un, l’autre, ou à mourir pour l’un d’eux. L’arrière plan est politique, il correspond à l’évolution chaotique de l’Argentine des années 1950 et 60, le pessimisme est compensé par une bonne dose d’humour souvent cynique du narrateur. Tout baigne, parmi des éclats lumineux, dans une sévère désespérance.

La deuxième partie, Au toucher, est composée de textes plus courts, plus variés aussi. Se succèdent des confidences familiales (plutôt corsées !), des scènes de vie quotidienne (l’ombre de Roberto Arlt  souvent n’est pas loin), des journées dans la campagne argentine teintées d’un léger mystère, d’un doigt de fantastique, et une question qui revient sans cesse : qui est vraiment l’autre ? L’autre, le père la copine occasionnelle, le cousin, peut-être soi-même…

Le militant (celui qui militait pour un monde plus juste, pour résumer) qu’a été Francisco Urondo jusqu’à en mourir est discret mais bien présent dans ces textes, chroniques ou narrations : la société est déséquilibrée, comme le sont la plupart de ses personnages, et il n’est pas inintéressant de lire en négatif par exemple les récits de ces fins de semaines dérisoire d’alcool et de sexe : on rit, on « profite de la vie », en fait on croit le faire, les hommes croient que conquérir plus de filles ou de femmes que son copain va les rendre supérieurs, alors qu’ils étalent malgré eux leur petitesse… et qu’ils le payent le lendemain par une gueule de bois  doublée d’une dépression face à la vacuité des deux jours précédents et du vide de leur existence.

Quand on pense à la fin tragique de Francisco Urondo, un jour de 1976, les soubresauts d’un pays en crise qui apparaissent à plusieurs reprises comme un fond pour ces histoires de dérives donnent des échos glaçants que l’auteur n’avait pas prévus mais que le lecteur ressent très fort.

L’Argentine de cette époque pour nous lointaine mérite d’être redécouverte, surtout si c’est sous cette forme paradoxalement aussi pleine de vie.

Histoires argentines (prose brève complète), traduites de l’espagnol (Argentine) par Jacques Aubergy, éd. L’Atinoir, Marseille, 191 p., 16 €.

Francisco Urondo en espagnol : Todos los cuentos, ed. Adriana Hidalgo, Madrid, qui a publié également l’œuvre poétique et journalistique, les essaie et le roman  Los pasos previos de Francisco Urondo.

MOTS CLES : ARGENTINE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / HUMOUR / EDITIONS L’ATINOIR.

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