ACTUALITE, CHRONIQUES

10 décembre 2020 : il y a 100 ans naissait Clarice Lispector

Le centenaire de la naissance de Clarice Lispector

Le 10 décembre 1920, naissait en Ukraine Clarice Lispector. Fuyant les persécutions contre les juifs, sa famille s’installe au Brésil dès 1922 et se fixe d’abord à Recife, où Clarice commence ses études, puis à Rio, qui deviendra sa ville. Elle épouse Maury Gurgel Valente en 1943. Il est diplomate et elle le suit dans ses différentes résidences, Italie, Suisse puis États-Unis. Ils ont deux fils, Pedro et Paulo qui entretient avec énergie la mémoire de sa mère.

Dominant plusieurs langues, elle traduit, de l’anglais et du français et publie son premier roman en 1944 (Perto do corazão selvagem / Près du cœur sauvage).

Elle se sépare de son mari en 1959 et retourne vivre à Rio. Désormais elle se consacre à l’écriture : littérature pour enfants et adolescents, nouvelles, romans (une dizaine) et de nombreuses chroniques pour des journaux.

Trop peu connue en France, elle est pourtant considérée à juste titre, au Brésil, mais aussi sur tout le continent américain, au Nord comme au Sud, comme une des figures majeures de la création littéraire mondiale au XXème siècle. Ses sujets sont souvent intimistes, représentatifs de la condition humaine universelle. Des petits riens significatifs, les sensations qui prennent le dessus sur l’action sont une des constantes de l’œuvre romanesque de Clarice Lispector. On l’a souvent comparée à Virginia Woolf, et il est vrai que des éléments de ces deux auteures sont assez proches, mais Clarice Lispector n’avait lu aucun texte de l’Anglaise quand elle a publié son premier roman.

Son style se caractérise par deux mots, la précision et la délicatesse, notions qui, loin de s’opposer chez elle, se complètent, de même que la subtilité n’empêche jamais la profondeur, bien au contraire, elle la fait ressortir. On est à l’opposé de la préciosité tout en baignant dans l’élégance discrète.

Dans ses récits, comme dans ses chroniques (environ 120, écrites entre 1946 et 1977 ont paru récemment en français), elle part de petits riens significatifs et avance des pensées qui naissent d’eux. Le plus souvent les sensations prennent le pas sur les actes. Une autre grande caractéristique de l’œuvre écrite de Clarice Lispector est la liberté qu’elle s’est en permanence appliquée à elle-même et à ce qu’elle écrivait : pas question d’entrer dans un système, d’imiter, de reprendre qui ou quoi que ce soit. Elle écrit, elle propose, si l’éditeur, si le lecteur n’en veut pas, qu’il s’éloigne, la créatrice continue sur cette voie qu’elle ne s’est probablement pas fixée, mais qui est sa voie – et sa voix −.

C’est tout aussi naturellement qu’elle est féministe, c’est bien un féminisme naturel qu’elle pratique : aucune grande théorie, la simple affirmation, qui devrait sembler évidente à tous, hommes et femmes, qu’un être humain n’est qu’un être humain et que, s’il est femme, il – elle – a exactement les mêmes « droits » (que le mot est laid !), les mêmes raisons d’exister dans la liberté (encore !), la dignité, d’exister, c’est tout : les difficultés font partie de la vie, elles peuvent être graves, elles le sont souvent plus pour les femmes, alors n’en rajoutons pas à une moitié de l’humanité sous le prétexte qu’elle vit au féminin.

Pour découvrir l’œuvre de Clarice Lispector, on peut se demander par où commencer. Si on hésite à choisir un roman, parmi la dizaine publiée en France, on peut se lancer soit dans les chroniques (ce serait mon conseil) : ouvrir au hasard, entamer les premières lignes, je garantis qu’on continue, et qu’on ne s’en tient pas à une seule chronique. Si on préfère la narration, les nouvelles seraient une très bonne introduction au charme des écrits de notre auteure. Les prendre au hasard, comme pour les chroniques me semble la meilleure possibilité, c’est-à-dire, respecter de notre côté cette liberté qu’elle pratiquait en écrivant. Pour les romans, je proposerais de commencer soit par le premier (Perto do corazão selvagem / Près du cœur sauvage), soit par le dernier (Um sopro de vida / Un souffle de vie), puis se laisser guider, encore, par le hasard. Je serais étonné qu’après une première lecture, d’une chronique, d’une nouvelle ou d’un roman, on ne continue pas la découverte.

Grâce aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, le lecteur français a accès à l’intégralité des écrits de Clarice Lispector, avec, en prime, à l’occasion du centenaire, un coffret de trois jolis petits volumes, deux romans et un livret (chronologie et photos personnelles de l’auteure).

Cinq romans ont paru sous forme de livres-audio, avec les voix  de Sterenn Guirriex, Fanny Ardant, Chiara Mastroianni, Hélène Fillières et Anouk Aimée.

On peut lire également, en français : N. Setti-M-G. Besse (éditrices)  Clarice Lispector : une pensée en écriture pour notre temps, Paris, l’Harmattan « Créations au féminin », 2013 (273 p.).

Et, aux éditions des femmes-Antoinette Fouque :

Vous pouvez lire sur AnnA plusieurs chroniques sur l’œuvre de Clarice Lispector.

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