V.O.

Guadalupe NETTEL

MEXIQUE

NETTEL, Guadalupe

Née en 1973 à Mexico, Guadalupe Nettel a également vécu en France où elle a terminé ses études. Auteure de nouvelles, de romans et d’essais, elle tient des chroniques dans plusieurs journaux. Son oeuvre narrative a obtenu plusieurs prix internationaux.

La hija única

2020

Laura, la narratrice, une petite trentaine d’années, n’aura jamais d’enfants : elle n’en veut pas, elle l’a décidé et elle sait qu’elle ne changera pas d’avis. Quand sa meilleure amie, Alina, amie indispensable, presque une sœur, lui apprend qu’elle est enceinte, elle se rapproche d’elle pourtant encore plus, curieuse, intriguée, après un moment de scepticisme aigu, d’autant plus qu’Alina a éprouvé d’importantes difficultés avant la confirmation de sa grossesse.

Laura termine la rédaction d’une thèse, régulièrement gênée par les crises nerveuses d’un petit voisin élevé par une mère seule et apparemment débordée. Elle sourit en pensant que rédiger une thèse et attendre un enfant sont deux événements très proches dans une vie de femme, qu’elles sont désormais presque égales, ce double accouchement, proche va être pour chacune une délivrance, le début d’une vie différente. Mais les choses ne se passent pas comme prévu pour Alina et pour Aurelio, le père du fœtus : la naissance de l’enfant sera son premier et dernier jour de vie, une malformation grave l’empêchera de survivre au-delà d’un court moment.

Ce que nous offre Guadalupe Nettel, ce sont des variations sur l’idée de la maternité, voulue, refusée, par soi ou par le destin, une maternité qui s’impose de façon évidente (il faut être mère dans beaucoup de civilisations, au Mexique entre autres), maternité qui peut aussi se révéler tout en douceur : que fait Laura quand elle se met à s’occuper de plus en plus affectueusement de son petit voisin ?

Le récit est limpide, sans secousses, mais son cours ne manque pas de richesse, de petits espaces secrets, de vie et de chagrins. Est-il possible de comprendre la mort annoncée d’une enfant pas encore née ? Quelles questions s’imposent aux parents ? Comment émergeront-ils d’un tel drame, si intime ? Les réponses apportées par Guadalupe Nettel s’accompagnent de délicatesse, ce qui se traduit dans des détails révélateurs d’une surprenante profondeur. Elle ne se veut surtout pas moralisatrice, mais pourtant propose une « leçon » qui concerne tout être humain, tout être vivant, la vie doit s’imposer, avec, inévitablement la question qui suit : quelle vie ? Car rien n’est aussi simple que ce que disent les apparences : une femme, un homme, peuvent hésiter, douter, un médecin peut se tromper, la force vitale peut triompher.

Ce qui devrait être un mélodrame devient chez Guadalupe Nettel un moment de vie, avec ses choix essentiels, naturels, avec ses personnages qui ne sont pas différents de ce que nous sommes ou de ce que nous pourrions être : elle transcende par son style une tragédie prosaïque en un magnifique drame : la lutte sans pitié (et quotidienne, sans qu’on s’en aperçoive, Dieu merci !) de la vie contre la mort.

On savait Guadalupe Nettel prometteuse, mais avec La hija única, elle est impressionnante. Sa réussite, sur un sujet qu’on penserait impossible, est éblouissante.

La hija única, ed. Anagrama, 237 p.

MOTS CLES : MEXIQUE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ANAGRAMA.

Voir sur AnnA mes autres chroniques sur les livres de Guadalupe Nettel, Le corps où je suis née, La vie de couple des poissons rouges et Après l’hiver.

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