CHRONIQUES

Christiane TAUBIRA

FRANCE (CARAÏBES)

Née en 1952 à Cayenne, Christian Taubira a exercé de nombreuses charges politiques, en Guyane et en métropole et est professeure en Sciences économiques. Elle est l’auteure d’une dizaine d’essais. Gran balan est son premier « roman ».

Gran balan

2020

Le premier chapitre présente Kerma Nofis comparaissant devant ses juges. Ses juges ? Ceux plutôt de la République française. Pour 15 €, il a transporté dans sa voiture-taxi deux jeunes délinquants. Mais voilà, ce n’est pas le procès et sa froide technique qui intéressent l’ancienne ministre de la Justice, ce sont les êtres qui se retrouvent dans des cases trop bien définies d’avance, le banc des accusés, le banc des témoins, le siège solennel de l’avocat général, celui du président du tribunal.

L’amoureuse de sa région natale veut, avec ce roman-chronique – bien plus chronique que roman – partager sa passion pour les paysages et, bien au-delà, pour ses compatriotes (c’est le mot), leur façon de vivre. Pour cela elle entrecoupe le récit, très réduit, par des passages directement documentaires dans lesquels éclatent les couleurs et les bruits, cris, chants, musiques du carnaval, dans lesquels elle fait ressentir la moiteur de l’air.

Gran balan, c’est savoir rendre possible de « contrôler son propre sort », définition donnée par un des personnages. C’est précisément ce que fait Christiane Taubira dans cet éventail de situations propres à la Guyane, autour des préoccupations de l’auteure : l’égalité pour tous, à commencer par les femmes, le respect de chaque individu, sa dignité.

Elle réussit admirablement à faire ressortir dans un même paragraphe les difficultés, énormes, de la vie de chaque jour pour presque tous, les fantômes d’un esclavage pas si ancien que ça, et cette vitalité, une joie de vivre malgré tout qui prend le dessus : « la bonne humeur têtue qui tient tête au dénuement ».

C’est parfois un peu obscur pour un Français de métropole, souvent très touffu, comme la forêt tropicale, et, comme la forêt tropicale c’est un débordement, celui de la vie. Christiane Taubira reste une militante, elle constate, elle dénonce, elle propose aussi, indirectement, toujours dans le même sens : plus d’humanité, que ces gens qui sont si peu aux yeux de ce qui est officiel soient des personnes, elles le valent, toutes les scènes le montrent avec tendresse, avec justesse.

Si on s’attend à lire un roman, Gran balan n’est pas au rendez-vous, c’est dommage, on aime beaucoup Christiane Taubira, la femme engagée, féministe dans le meilleur des sens du mot, enthousiaste, optimiste. Les éditeurs devraient être plus rigoureux avec la formule de plus en plus répandue qui consiste à mettre « ROMAN » sur la couverture de récits qui  ne le sont pas (Yoga d’Emmanuel Carrère, publié récemment, en est un nouvel exemple). En revanche, si on veut lire un document sur cette Guyane qu’elle aime tant, qui la fait souffrir par ses violences, ses injustices, les inégalités bien plus criantes qu’en métropole, on sera comblé devant des aspects peu connus de cette terre de souffrance et de vie.

Un plaidoyer pour que vive la Guyane, et qu’elle vive bien, enfin !

Gran balan, éd. Plon,363 p., 17,90 €.

MOTS CLES : CARAÏBES / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / HISTOIRE / EDITIONS PLON

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