CHRONIQUES

Paula ANACAONA – Claudia AMARAL

Paula Anacaona est directrice des éditions Anacaona, traductrice et auteure.

D’origine brésilienne, Claudia Amaral vit à Paris, elle est photographe et collabore comme dessinatrice à plusieurs magazines.

1492, Anacaona l’insurgée des Caraïbes

2020

Bien avant que les Espagnols prennent possession de l’Empire aztèque (1519 – 1521), Christophe Colomb (ou Cristóbal Colón), après avoir mis pied à terre sur l’île d’Ayiti (Haïti) découvre une terre qu’il croit prometteuse et des peuples qu’il juge primitifs. Entre 1492 et 1500, et avant une toute dernière expédition, il effectue trois allers-retours avec comme base Ayiti.

Comment raconter l’arrivée de Colón et des Européens sur les îles, à l’Est du continent américain (dont il ne connaîtra jamais l’immensité) de façon complète, originale et ludique ? C’est ce qu’a cherché à faire Paula Anacaona et qu’elle a brillamment réussi.

L’auteure part de ce qui peut nous sembler des évidences, si on a déjà lu une Histoire de la découverte (découverte était le mot communément employé, quand on ne lui préfère pas celui de conquête) pour mieux rectifier ou nuancer.

Une voix féminine interrompt le récit proprement historique, celle d’Anacaona, une cacica, cheffe de la région qui couvre une partie d’Ayiti. Anacaona raconte avec douceur comment elle a vécu l’arrivée de ces étranges étrangers. Ainsi la vision « officielle » de ces premiers contacts, celle que tout Européen a apprise, est enrichie par la version « subjective », celle de l’autre camp, celle de la princesse curieuse de ce que lui offre son destin personnel. Peu à peu se manifeste la richesse de la culture des Indiens Taïnos que Colón n’a pas su reconnaître, aveuglé par cette supériorité qu’il considère comme naturelle, innée, indiscutable. En réalité, il est pris entre deux convictions contradictoires : mépriser ces populations sauvages et faire savoir au monde que sa découverte est prodigieuse, fondamentale.

Quant à la princesse (appelons-la ainsi, avec nos termes européens), elle est un témoin simplement curieux de ces êtres si différents (on ne les a jamais vus prendre un bain, leur odeur en est la preuve). Dans cet affrontement entre ces virilités étalées et cette féminité toute calme, ce n’est pas le mâle qui en sort moralement vainqueur, à l’image de l’affrontement entre Européens et Taïnos. Les libertés que prend Anacaona-princesse-narratrice, celle de s’adresser directement à l’autre narratrice, l’officielle, ajoutent un charme naturel, familier, amical à une lecture strictement historique, essentielle elle aussi.

Des dizaines d’illustrations réalisées par Claudia Amaral agrémentent la lecture, d’un style qui marie le réalisme, la poésie, une certaine (fausse) naïveté, une autre très belle réussite de ce livre qui devrait toucher un très vaste lectorat.

1492, Anacaona l’insurgée des Caraïbes, éd. Anacaona, 194 p., 22 €.

MOTS CLES : BRESIL / HISTOIRE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / AVENTURES / EDITIONS ANACAONA.

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