CHRONIQUES

Alma GUILLERMOPRIETO

MEXIQUE CUBA ETATS-UNIS

Alma Guillermoprieto est née à Mexico en 1949. A l’adolescence, elle s’installe avec sa mère à New York où elle prend des cours de danse. Après un séjour à La Havane, elle se consacre au journalisme militant. Elle a reçu en 2018 le prestigieux Prix de journalisme Princesse des Asturies.

La Révolution, la danse et moi

2004 / 2020

Née au Mexique, Alma Guillermoprieto, une fois installée à New York, suit les cours chez le grand chorégraphe Merce Cunningham qui lui propose d’aller enseigner la danse dans une importante école de La Havane.

Imprégnée de culture – et de vie quotidienne – yankee, elle débarque, en 1970, sur une terre complètement inattendue : les quelques dollars soigneusement économisés en vue de son séjour cubain ne lui sont d’aucune utilité, ils seront même un danger, la loi promet plusieurs années de prison si un Cubain en détient. Mais une inflammation des poumons, peu après son arrivée, lui fait involontairement découvrir une médecine efficace… et gratuite.

Entre des conditions matérielles difficiles (aucun miroir dans la salle de répétition de ballet), un accueil attentif et généreux de ses élèves, des règlements contraignants (elle est dénoncée pour avoir reçu un de ses élèves −  homosexuel ! – dans son espace privé), peu à peu elle approfondit une réalité révolutionnaire dont elle n’avait pas la moindre notion quelques semaines plus tôt.

1970 est une année charnière pour Cuba et pour le régime castriste, l’année de la zafra (la récolte de canne à sucre) des 10 millions de tonnes, un défi engageant le pays tout entier, un défi raté. La jeune femme, qui vit cela avec la double vision de la Mexicaine et de la Nord-Américaine, la première qui nuance (le Mexique a toujours revendiqué une certaine sympathie pour Fidel Castro) et la deuxième qui découvre, découvre, découvre. Et, forcément, elle remet en cause ce qui était des certitudes souvent inconscientes, autour de la démocratie, du capitalisme, du luxe, de l’idée de communauté nationale. La femme mûre qui écrit ce livre retrouve et exprime ces chocs successifs vécus cinquante ans plus tôt, qui restent vifs et qui lui ont apporté une modification totale de sa vision des choses.

Elle a l’honnêteté de ne rien occulter de ce qui peut faire douter, de ce qui peut être un argument de poids pour un anticastriste, elle met dans la balance et constate que pour elle les plus  pèsent plus que les moins.

On peut être surpris de suivre cette évolution, on est obligés de reconnaître, d’admirer la sincérité de la jeune femme qui, en toute logique, devrait ne voir que les moins de la balance et penser en être victime : la nourriture qui manque pour la plupart et le frigo débordant de fromages et de de viande pour quelques privilégiés invités par le régime, la censure très présente, le poids de l’idéologie imposée, l’arrogance des dirigeants qu’Alma Guillermoprieto réussit à croiser. Cette sincérité se double parfois de naïveté : le récit qu’elle fait de la vie – exemplaire sur tous les plans – de Fidel Castro ne sort pas d’un livre d’histoire mais tout droit d’une hagiographie imposée à tous les jeunes Cubains. Peut-on jeter la pierre à cette jeune fille un peu bridée de tomber sous le charme révolutionnaire et romantique des barbudos ? On peut même être émus de ressentir cet enthousiasme, de nous retrouver avec elle au milieu de la foule venue pour acclamer Fidel, incarnation unique de la Révolution, et cette émotion est encore plus forte, en 2020, quand on a nous, lecteurs français, le recul suffisant pour savoir ce qu’ignore la jeune femme, l’échec de cet immense espoir offert sans compter aux Cubains de 1970.

Une orageuse réunion officielle, au niveau de l’école de danse, conduite par le directeur, permettra à Alma de revenir sur terre, peu avant la fin de son contrat.

Alma Guillermoprieto, devenue journaliste après son expérience cubaine, nous livre avec La Révolution, la danse et moi, un témoignage très riche, très intime, d’une prise de conscience surprenante mais que sa sincérité permet de comprendre, un témoignage très intéressant aussi sur une société qui continue de provoquer le débat.

La Révolution, la danse et moi, traduit de l’espagnol (Mexique) par Vanessa  Capieu éd. Marchialy, 357 p., 22 €.

MOTS CLES : CUBA / HISTOIRE / SOCIETES / POLITIQUE / EDITIONS MARCHIALY

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