CHRONIQUES

Iliana HOLGUIN TEODORESCU

FRANCE COLOMBIE CHILI

Née en 2000 à Paris, Iliana Holguín Teodorescu a parcouru pendant sept mois une partie de l’Amérique latine en auto-stop, le sujet de ce premier livre.

Aller avec la chance

2020

Une Française de 18 ans seule, parcourant une bonne partie de l’Amérique du Sud en stop ! On lui a dit et répété que ce n’était pas prudent. Un camionneur colombien le lui dira directement : 80 % des gens de chez lui ont de mauvaises intentions ! D’autres sont bien plus positifs. Ce « sondage » très artisanal et spontané, c’est l’autostoppeuse elle-même qui le complète au fil des rencontres. Elle, elle fait confiance, ce qui ne l’empêche pas de rester vigilante.

Et ça marche, ou plutôt ça roule ! D’un village au nom parfaitement inconnu à une ville, seulement pour aller plus loin, elle finit par se retrouver au Sud du Chili.

La plupart de celles et de ceux qui font un bout de route avec elle sont très serviables, faisant un détour pour la déposer à l’endroit où elle souhaite s’arrêter, curieux de découvrir ce qu’elle fait là et n’étant pas avares de confidences sur ce qu’est leur vie.

Ces 190 pages ne sont surtout pas un quelconque guide touristique, on n’y trouvera aucune description de monument ou de phénomène naturel attirant, encore moins d’hôtels de prestige ou de restaurants gastronomiques. Et ce qu’Iliana Holguín Teodorescu transmet n’a pas ce filtre culturel européen qui est si fréquent dans les récits de voyages : elle transcrit le monologue désabusé d’un homme seul depuis son divorce, éloigné de ses enfants, ou le discours pur des Indiens rencontrés et sa logique si différente de la nôtre, avec toute sa poésie involontaire.

Difficile de se situer dans ce voyage sinueux sans véritable but : on croit se repérer grâce au nom un peu connu d’une ville, et on se retrouve sans repaire, cela n’a aucune importance : ce n’est surtout pas la logique, ce ne sont pas des indications pratiques, ce sont des rencontres généralement brèves, des idées prises à la volée, mais qui finissent par créer non pas une réflexion, mais une pluie d’idées, des gouttes isolées qui forment une averse. Les sujets de ces dialogues sont eux aussi variés : les moyens de vivre quand on a tout juste de quoi se loger avec sa (ou ses) famille, la vision que peut avoir un Péruvien ou un Bolivien des Européens qui viennent les observer, la générosité spontanée…

Indirectement mais nettement, c’est toute une société multiple qui se révèle par petites touches et partout, au Chili surtout, les ravages des années Pinochet et les résultats de ce néolibéralisme qui a non seulement privatisé par exemple les ressources en eau, privant les paysans des irrigations nécessaires, au bénéfice de grandes exploitations agricoles ou industrielles, et, au niveau individuel, qui a fait que l’argent gagné – ou celui qu’on aurait pu gagner – est le sujet principal, vital, pourrait-on croire, de la plupart de ces femmes et de ces hommes croisés. Malgré cette idéologie de l’argent tout-puissant, l’entraide reste bien présente, la générosité aussi.

Sans la moindre mièvrerie, voilà un livre qui donne le moral et réconcilie l’être humain qu’est le lecteur avec ses semblables, qu’ils soient proches ou de l’autre côté de l’Atlantique.

Aller avec la chance, éd. Verticales, 189 p., 18 €.

MOTS CLES : COLOMBIE / PEROU / CHILI / VOYAGE / SOCIETES / PSYCHOLOGIE / EDITIONS VERTICALES.

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