CHRONIQUES

Élmer MENDOZA

Élmer Mendoza est né en 1949 à Culiacán. Il enseigne à l’Université de Sinaloa tout en publiant des nouvelles, des pièces de théâtre et des romans, autour du thème du narcotrafic local.

L’amant de Janis Joplin

2001 / 2020

Aux innocents les mains pleines ! Comment s’en sortir quand on est à moitié demeuré, qu’on vit dans un trou perdu bien qu’au centre de divers trafics menés par des gangs plus que violents, et qu’on vient de dégommer en public le fils d’un puissant chef de bande pas très content qu’on ait dragué sa nana devant tout le village? David, notre benêt un peu plouc, qui est imbattable dans l’assassinat de lapins à coup de pierre, est au centre de ce récit épique (au niveau des pâquerettes) loufoque et tragique.

Une très brève rencontre (huit torrides minutes pour être précis) avec une Janis Joplin en jupe fleurie dans ce qui pourrait bien être un squat sur Sunset Boulevard, suivie d’un retour précipité à Culiacán, au Mexique, transforme la vie du pauvre garçon : comment oublier ? Comment renouveler ?

La vie quotidienne au Nord du Mexique, peut être qualifiée de presque banale : on regarde les matches de baseball en compagnie de son fils Johnlennon en buvant une ou deux bières, on essaie de rester en marge des tueries entre narcos, on ne comprend rien à l’engagement de son fils aîné dans la guérilla et on veille sur la tranquillité de son neveu qui, à ce qu’il raconte, a eu une aventure pas chaste du tout avec une vedette internationale du rock. Bien sûr, on est parfois interrompu par l’irruption de quelques excités à la poursuite du fils révolutionnaire ou du pauvre gars coupable d’avoir osé draguer (et un peu plus que ça) une fille chasse gardée. Mais ensuite, la vie reprend son cours.

C’est tout un petit monde presque villageois que décrit Élmer Mendoza, avec toutefois une nuance : David entend en permanence une voix intérieure, celle de sa « partie réincarnable », qui lui donne quantité de conseils qu’il ne suivra que très rarement, à propos de sa conduite en relation avec les trafiquants de diverses drogues qui doivent passer la frontière et alimenter Las Vegas et avec des guérilleros qui, de temps en temps, font trois ou quatre hold-ups, car il est toujours pris, lui, entre deux feux.

On n’est pas franchement dépaysés, l’univers violent du narcotrafic est connu, Élmer Mendoza le fait glisser vers un absurde un peu comique, Janis Joplin a une fâcheuse tendance à demeurer indéfiniment l’ « inaccessible étoile » de David. Ce qui surprendra, c’est le mélange entre premier et second degré, le côté décalé presque farfelu du personnage principal et de sa voix intérieure face au réalisme des rapports avec les policiers et les trafiquants ou les détenus quand tout le monde se retrouve en prison.

Découverte ou redécouverte, c’est ce qu’Élmer Mendoza propose avec ce nouveau roman, son troisième traduit en français, un roman dont l’espoir est le moteur.

L’amant de Janis Joplin, traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry, éd. Métailié, 280 p., 19,20 €, version numérique, 12,99 €.

Élmer Mendoza en espagnol : El amante de Janis Joplin / La prueba del ácido / Cóbraselo caro / El misterio de la orquídea calavera / Nombre de perro, ed. Tusquets, Barcelona.

MOTS CLES : MEXIQUE : NARCOTRAFIC / VIOLENCE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / HUMOUR / EDITIONS METAILIE.

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