CHRONIQUES

Joca REINERS TERRON

BRESIL

Joca Reiners Terron est né en 1968 dans le Matto Grosso. Il vit à Sao Paulo. Il a publié une dizaine d’oeuvres narratives et trois recueils de poésie.

 La mort et le météore

2019 / 2020

« Les Européens n’ont pas l’exclusivité de l’assassinat, ils ne l’ont jamais eue, seulement de la cruauté ». C’est Boaventura qui prononce ces paroles, Boaventura au visage transpercé jadis par  une flèche – pas empoisonnée, heureusement – tirée par un Kaajapukugi. Les Kaajapukugi sont un des tout derniers, peut-être même le dernier peuple amazonien qui est resté intouché par l’extérieur (expéditions européennes ou même peuples voisins) et qui est sur le point de disparaître. Boaventura, étrange aventurier, veut les sauver et organise leur transfert (comment nommer ce déplacement dont on ignore s’il est accepté par ses « bénéficiaires » ?) vers la région d’Oaxaca, au Mexique, sur le territoire des Mazatèques, qui présenteraient certaines similitudes avec les « frères » amazoniens.

Les motivations de Boaventura sont assez complexes, il le reconnaît lui-même : besoin de savoir, et aussi de se mettre en avant, en se targuant d’être un découvreur, et puis désir de s’effacer en tant qu’homme « civilisé » pour se rapprocher en toute sincérité des « sauvages » en en devenant un.

On est dans un monde étrange : le Chili a disparu, recouvert par un Pacifique qui a débordé, on assiste en direct au décollage d’une fusée chinoise en partance pour Mars dans le but de peupler la planète rouge, Oaxaca est devenu un décor pour touristes et on est bien obligés de se demander si passé et futur ont une valeur quelconque. N’est-ce pas le tinsáanhán, la plante miraculeuse des Kaajapukugi qui guérit et plonge dans une douce brume qui abolirait le passage du temps ?

Joca Reiners Terron réussit par ses mots à recréer cette douce brume, la lecture devient une sorte d’évasion vers des zones bizarres très proches pourtant d’une réalité commune : comme le narrateur, on voit et on croit voir (des hommes, des arbres, des animaux… des formes).

Il préfère de loin ouvrir des horizons, poser des questions qu’y répondre, et ces questions sont vastes : la responsabilité individuelle (et collective : Boaventura n’est pas le seul à douter et à être douteux), les limites des sciences dites humaines, la communication entre les êtres, ce qu’on appelle le bien et le mal. C’est aussi la reprise d’un thème historique en Amérique latine, la civilisation et la barbarie. Si, à la fin du XIXème  siècle les intellectuels et les écrivains parmi eux avaient pensé avoir trouvé une réponse évidente, de nos jours Joca Reiners Terron est infiniment plus hésitant.

Le lecteur ressortira de cette lecture avec aucune certitude, c’est une des multiples richesses de ce roman inclassable, troublant.

La mort et le météore, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, éd. Zulma, 192 p., 17,50 €.

Joca Reiners Terron en portugais : A morte e o meteoro, ed. Companhia das Letras.

MOTS CLES : BRESIL / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / AVENTURES / EDITIONS ZULMA

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