CHRONIQUES

Mauricio ELECTORAT

CHILI / FRANCE

Après des études de Lettres et de Journalisme, Mauricio Electorat, né à Santiago en 1960 a vécu une vingtaine d’années en Europe (Barcelone, puis Paris), avant de se fixer dans sa ville natale, où il est professeur et journaliste. Il a publié des recueils de poésie, des nouvelles et cinq romans, plusieurs fois primés.

Petits cimetières sous la lune

2017 / 2020

Le romantisme des jeunes Latino-Américains qui venaient « étudier » à Paris, découvrir la « vraie » vie et les émotions interdites en principe dans leurs familles bourgeoises peut-il se marier avec les dures réalités de leurs pays d’origine, où régnaient inégalités criantes et souvent dictatures sanglantes ? Un dilemme souvent occulté par ces garçons (les filles restaient dans le giron familial, bien sûr) que Mauricio Electorat met brillamment en lumière dans ce nouveau roman.

Emilio Ortiz, 27 ans, fils de ce que l’on a l’habitude de qualifier de « bonne famille », installée au Chili depuis le début du XXème siècle, catholiques tellement bien pensants qu’ils ont bien été obligés de soutenir activement le général Pinochet quand celui-ci s’est consacré corps et âme à remettre le pays dans le droit chemin, a préféré aller terminer ses études à Paris. Des études qui se prolongent, non qu’il roule sur l’or (il a miraculeusement déniché une place de veilleur de nuit dans un petit hôtel de Montparnasse), mais parce que l’envie de rejoindre le cocon familial ne le taraude pas.

À Paris, Emilio mène la vie des étudiants latinos descendants de Cortázar (la lecture récurrente de Marelle est obligatoire pour eux !) ou de Bryce Echenique. Lui, il vivote grâce à ses trois nuits par semaine payées par l’hôtel, ses rapports avec sa famille sont extrêmement limités, ils seraient nuls si, de temps en temps, la sœur de sa mère, la tante Amalia, ne lui donnait des nouvelles. La nouvelle du brusque divorce de ses parents, son père s’étant amouraché d’une femme trente ans plus jeune que lui, le pousse à faire le voyage vers Santiago.

La situation qu’il trouve là-bas est inquiétante pour tous, dans des proportions différentes.

Mauricio Electorat réussit un très bel équilibre entre le personnel et le national, entre les liens familiaux et les liens politiques (sujet qui reste brûlant, au Chili plus qu’ailleurs), entre l’humour et le drame. Dans la famille, chacun est à sa place, le père, sympathisant du dictateur à la retraite et macho classique, la mère, triste et digne (enfin, qui essaie de l’être), les frère et sœur, proches comme on doit l’être dans une famille unie, mais légèrement indifférents. Emilio, peu à peu, en découvre plus sur le passé de son père. A-t-il été manipulé, timide, volontaire ou un soutien inconditionnel ?

Une des questions posées est de savoir si on peut impunément fouiller dans le passé d’êtres proches, ou qu’on croit proches, petite amie de passage ou géniteur. Emilio trouve les moyens de le faire, mais n’a-t-il pas tort ? La forme en puzzle de la dernière partie est particulièrement brillante à ce propos : manquera-t-il une pièce, alors qu’il s’attaque aux secrets des services de renseignement de Pinochet, presque aussi performants que le Mossad ?

Mauricio Electorat maîtrise parfaitement non seulement son sujet, ou, plus exactement ses sujets, mais aussi la manière de les présenter à son lecteur : il le fait passer de l’humour de l’étudiant fauché à l’angoisse de découvrir ce qu’on ne devrait jamais découvrir, il le tient pour ne pas le lâcher avant d’avoir une vérité qui n’est pas la fin de la lecture : une fois qu’on possède cette vérité, il lui reste, il nous reste à nous aussi, à nous demander tout ce qu’on peut tirer de cette révélation. Dit d’une autre façon, quand on referme ce roman, on n’a pas terminé d’y repenser.

Petits cimetières sous la lune , traduit de l’espagnol (Chili) par Mauricio Electorat, éd. Métailié, 304 p., 21 €.

Mauricio Electorat en espagnol : Pequeños cementerios bajo la luna, ed. Alfaguara / La burla del tiempo, ed. Seix Barral.

Mauricio Electorat en français : Sartre et la Citroneta, éd. Métailié.

MOTS CLES : CHILI / PSYCHOLOGIE / SOCIETES / HISTOIRE / OLITIQUE / DICTATURE / EDITIONS METAILIE.

Souvenir :

(chez Mauricio, à Santiago, en avril 2015)

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