CHRONIQUES

Dolores REYES

ARGENTINE

Dolores Reyes est née à Buenos Aires en 1978. Après des études de Lettres classiques, elle est enseignante et militante politique. Mangeterre est son premier roman.

Mangeterre

2019 / 2020

L’adolescente pas vraiment sortie de l’enfance que tout le monde désormais appelle Mangeterre a de bizarres rapports avec la terre dont elle découvre un peu par hasard les étranges propriétés si elle en ingère un peu. Cela lui arrive pour la première fois au moment  où sa mère, en mourant, la laisse seule avec son frère Walter. En mangeant de la terre qui a été en contact avec elles (cela ne concerne que des filles, à une exception près), elle a la douloureuse révélation de ce qui a été le sort de victimes de violences : elle entre littéralement en contact avec elles. Elle ne peut échapper à cette expérience, elle préférerait vivre sa vie d’adolescente en compagnie de Walter, jouer sur sa console avec ses copains, mais elle doit assumer sa condition de medium. Ses dons commencent à être connus dans son quartier, dans sa ville…

C’est un roman réaliste que ce Mangeterre, un réalisme dont les racines sont irréelles. J’ai conscience de n’être pas clair comme de l’eau de roche, il faudra lire ces courts chapitres qui souvent ressemblent à une enquête policière dans l’au-delà pour me comprendre.

Mangeterre est-elle sorcière ou fée ? La vie dans nos sociétés machistes est-elle toute blanche ou toute noire ? Le flic qui devient un personnage central est par exemple d’une humanité saisissante. Pourtant Dolores Reyes n’hésite pas à bien nommer et dénoncer le mal qui se cache mais qui agit. Il apparaît indirectement, sous les traits des victimes, il n’en est que plus présent.

Dolores Reyes a choisi peut-être le meilleur moyen de dénoncer les violences faites aux filles et aux femmes. Sans jamais devenir voyeur (un mot qui n’a pas de féminin !) ni faire de son lecteur lui-même un voyeur, elle s’attaque de façon implacable à l’infâme injustice.

La jeune héroïne navigue entre rêves, divination et vie prosaïque (le manque de bière dans le frigo est un de ses soucis), elle ne distingue pas toujours  tout à fait ce qui est secondaire et fondamental : au lecteur de faire le tri, l’auteure nous y aide.

Mangeterre est une des révélations de cette rentrée en France, un roman d’une grande originalité qui se lit comme un thriller sur un sujet douloureux et tellement actuel.

Mangeterre, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, éd. de l’Observatoire, 209 p., 20 €.

MOTS CLES : ARGENTINE / SOCIETE / FEMINISME / VIOLENCE / EDITIONS E L’OBSERVATOIRE.

Les lecteurs qui aimeront ce roman aimeront aussi Les jeunes mortes de l’Argentine Selva Almada (éd. Métailié), sur le même thème,  chronique sur AnnA :

https://wordpress.com/block-editor/post/americanostra.wordpress.com/150

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