CHRONIQUES

Pilar QUINTANA

COLOMBIE

 

QUINTANA, Pilar

 

Née en 1972 à Cali, Pilar Quintana, après des études en Communication et un long voyage à travers le monde, s’est installée sur la côte Pacifique colombienne. Elle est l’auteure de nouvelles et de quatre romans.

 

La chienne

2017 / 2020

Le village colombien qu’habite Damaris, la touchante héroïne (anti-héroïne ? non, héroïne) n’est pas le paradis sur terre, des habitations bancales mélangées à quelques villas de riches touristes venus de la capitale pour les vacances, un bras de mer qui coupe le village en deux, qu’on peut traverser à pied presque sec à marée basse, des voisins, les mêmes que partout ailleurs.

Damaris est maladroite, ses doigts, « trop gros comme tout le reste de son corps » lui obéissent mal. Son mari, Rogelio, est trop occupé pour gagner en pêchant les trois sous qui les feront vivre, n’est pas un mauvais homme, même s ‘il a « la tête de quelqu’un toujours en colère ».

La plage tropicale se couvre à marée haute des immondices généreusement produites par l’espèce humaine ou par la nature elle-même, il pleut la plupart du temps. Dans cet univers bouché, la lumière, pour Damaris, ne vient pas du ciel mais d’une minuscule boule de poils, une petite chienne dont la mère a été empoisonnée peu après sa naissance. Le désir frustré d’enfant que Damaris, et Rogelio dans une moindre mesure, traînent depuis bien longtemps, trouve avec cette Chirli (une Chirli a été récemment élue Miss Colombie) la substitution idéale.

Si une somme de joies minuscules ne fait pas forcément le grand bonheur, elles permettent au moins de ne pas être malheureuse. Damaris applique cette banalité avec constance, et la banalité de sa vie, loin de lui peser, lui permet de supporter, la tête haute, ce qui pourrait sembler méprisable à un esprit prétendument supérieur.

Il y a pourtant des drames, quelle vie n’en croise pas, le temps finit par les atténuer, les périodes de privations succèdent aux moments où on se croit dans l’opulence. On aime et on se prend à douter, l’être proche semble avoir changé ‒ mais est-ce seulement lui ?‒, puis redevient celui qu’on avait aimé. Pilar Quintana a su parfaitement adapter son style à cette histoire, qui s’apparente pour un lecteur français à deux récits célèbres, Une vie de Gustave Flaubert et Un cœur simple  de Guy de Maupassant : une apparence lisse sous laquelle se devinent les tempêtes réfrénées et les joies qu’on n’ose pas étaler. Tout comme la résignation apparente de Damaris qui occulte une force de caractère qu’elle ne voudrait montrer pour rien au monde : elle sait la place que doit occuper la femme, mais elle connaît sa vraie nature.

Sous une banalité apparente (mais pour le lecteur français le dépaysement est tout de même bien présent) Pilar Quinata fait ressortir une profondeur universelle, le destin de Damaris est un peu celui de milliers de femmes sur tous les continents.

La chienne, premier roman de Pilar Quinata traduit en français et qui a reçu un important prix littéraire à Bogotá, est à contre courant de beaucoup de récits en provenance d’Amérique latine, souvent saturés de violences.

La chienne de Pilar Quintana, traduit de l’espagnol (Colombie) par Laurence Debril, éd. Calmann-Lévy, 127 p., 17 €.

La perra, ed. Literatura Random House, Barcelone.

MOTS CLES :  COLOMBIE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS CALMANN-LEVY.

QUINTANA, Pilar La chienne

1 réflexion au sujet de “Pilar QUINTANA”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s