CHRONIQUES

Miguel BONNEFOY

FRANCE / VENEZUELA / CHILI

 

Miguel Bonnefoy©Audrey Dufer-2

©Audrey Dufer

 

Né en 1986 à Paris, il est le fils d’une diplomate vénézuelienne et d’un romancier chilien. Son enfance a été internationale, comme ses études. Après deux recueils de nouvelles remarqués il publie Le voyage d’Octavio, finaliste du Prix Goncourt du Premier Roman puis Sucre noir ainsi qu’un récit de voyage et d’aventure, Jungle. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2018-2019.

 

 Héritage

2020

Après un Venezuela un peu magique, voici le Chili réaliste – jusqu’à un certain point, Dieu soit loué – de Miguel Bonnefoy, qu’on retrouve avec toujours autant de plaisir.

Lazare, originaire du Jura, fuit la France pour la Californie où il n’arrivera jamais : une quasi mort en passant le détroit de Magellan, une deuxième naissance dans la souffrance, et il est débarqué à Valparaíso. C’est le premier des hasards qui font un homme, Lazare devient chilien, le premier de sa dynastie. On est en plein XIXème siècle et il s’agit déjà de ce qu’on appelle à présent l’intégration. Les enfants de Lazare et de Delphine, Bordelaise arrivée tout autant pas hasard au Chili, sans la moindre goutte de sang latino-américain, se sentent français, mais d’une France folklorique, tout en étant chiliens. Français au point de traverser l’Atlantique dans l’autre sens pour se battre contre l’ennemi héréditaire quelque part, dans les tranchées de la paraît-il Grande guerre. Chilien au point de fraterniser avec… n’en disons pas plus.

Ne disons rien de plus de cette saga qui s’étale sur tout le siècle passé. Les personnages savoureux, touchants, dynamiques se succèdent, tous animés par un bel élan vital. Tout n’est pas rose dans leur monde, on doit lutter, on ne reste pas éternellement jeunes, mais si on fait appel au surnaturel, il arrive qu’on ait des résultats, un guérisseur mapuche est là pour le démontrer.

Miguel Bonnefoy, après deux romans pleins de poésie, poursuit son cheminement littéraire dans la même veine, mais en ajoutant une dose de profondeur supplémentaire. Les périodes dramatiques dans Héritage sont des périodes historiques et les épreuves que traversent Lazare et ses proches ont leur origine dans l’histoire connue de tous.

Et puis, encore une fois, on se régale d’un bout à l’autre de ce roman, de la qualité du style de Miguel Bonnefoy. Il a un talent particulier à mêler simplicité et raffinement, à glisser ici ou là un de ces mots un peu mystérieux pour le lecteur en plein milieu d’une phrase tout à fait prosaïque, à lancer des élans de pur lyrisme puis à ramener ses personnages au niveau du quotidien. Le lecteur vole, plane, en permanence entre reconnaissance d’un monde connu et élan vers des territoires poétiques inattendus.

Héritage est une nouvelle preuve de la personnalité unique de Miguel Bonnefoy, fils du Venezuela et du Chili qui écrit en français, de sa capacité à créer des atmosphères bien à lui, à jouer en permanence avec l’essence des mots, avec l’équilibre des phrases pour réussir des romans de portée universelle.

Héritage, éd. Rivages, 207 p., 19,50 €.

MOTS CLES : FRANCE / CHILI / VENEZUELA / SOCIETE / HISTOIRE / PSYCHOLOGIE / POESIE.

BONNEFOY, Miguel Héritage

Voir aussi, sur AnnA : Miguel Bonnefoy, Le voyage d’Octavio, Sucre noir, Jungle et Naufrages.

Souvenir (Roanne, octobre 2017) :

BONNEFOY, Miguel

 

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