CHRONIQUES

Conceição EVARISTO

BRÉSIL

 

EVARISTO, Conceiçao

Née à Belo Horizonte en 1946 dans une famille très modeste, elle s’est battue pour poursuivre des études secondaires, puis universitaires, jusqu’au doctorat. Elle n’a commencé à écrire que dans les années 1990. Elle est aussi une militante active contre racisme et la misogynie.

 

Ses yeux d’eau

 2014 / 2020

 

On commence à connaître Conceição Evaristo depuis quelques années en France. Née dans une favela de Belo Horizonte, ayant dû lutter pour devenir institutrice, puis professeure, elle a publié depuis les années 1990 des œuvres, poèmes ou narrations, dans lesquelles cohabitent expérience personnelle et même intime et expérience  collective : Conceição Evaristo se considère comme un simple membre parmi les centaines de milliers d’Afro-Brésiliens qui n’ont pas ou très peu la parole dans leur pays.

Dans ces quinze nouvelles le Brésil des gens pauvres et dignes existe sous nos yeux. La ville, les quartiers pauvres, des intérieurs surpeuplés sont le décor de ces histoires de femmes, d’hommes, d’enfants et d’adolescents qui n’ont pas eu le temps ou la possibilité de savoir qu’ils étaient enfants.

Ce que montre Conceição Evaristo est d’une grande cruauté et d’une grande beauté : les femmes souffrent et résistent, les enfants aussi et les hommes, souvent, pas toujours.

Les histoires racontées sont dures, cruelles, elles décrivent des réalités parfois insoutenables mais qui doivent être vécues au quotidien par ces personnes qui n’en auront pas connu d’autres, enchaînées à perpétuité. Elles peuvent aussi être tendres. La narratrice est tellement proche de ces êtres cassés. Il y a toujours des lueurs de bonté, d’espoir quelque part en eux. Dans ce Brésil de la misère, l’espoir et la bonté ne durent guère mais sont capables de renaître après une éclipse. Rien n’est vraiment stable, le moment de fragile bonheur ne durera probablement pas, mais l’effondrement qui le suit non plus, la vie est ainsi pour ces « petites » gens dont on découvre qu’ils ne sont pas aussi « petits »   que cela, qu’ils peuvent être admirables ou méprisables, qu’au fond ils nous ressemblent.

Et puis il y a les mots, les phrases de Conceição Evaristo. Elle a publié plusieurs recueils de poèmes, quand elle écrit en prose, des récits, c’est encore de la poésie. Il suffit de lire le premier des textes de ce livre, qui lui a donné son titre. D’emblée, on est plongés dans cette beauté pleine de tendresse, de douceur, de cet amour profond et éloigné de tout effet spectaculaire, la discrétion étant une autre des qualités principales de cette écriture. Pourquoi des effets quand on est totalement sincère ?

On referme ce livre, tonifié d’avoir vu avec des mots de toute beauté tous ces courages modestes qui malgré tout sont vainqueurs des adversités, avec un seul désir, tenter de ressembler à ces femmes et à ces hommes bien plus à plaindre que nous qui pourtant nous donnent des leçons de vie.

Ses yeux d’eau de  Conceição Evaristo, traduit du portugais (Brésil) par Izabella Borges, éd. des femmes-Antoinette Fouque, 192 p., 15 €.

Conceição Evaristo en portugais : Olhos d’água, ed. Pallas, Rios de Janeiro

Conceição Evaristo en français : L’histoire de Poncia / Banzo, mémoires de la favela / Insoumises, éd. Anacaona / Poèmes de la mémoire et autres mouvements, éd. des femmes-Antoinette Fouque.

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / SOCIETE / POESIE / PSYCHOLOGIE / FEMINISME / EDITIONS DES FEMMES.

EVARISTO, Conceicao Ses yeux d'eau

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