V.O.

Alonso CUETO

PÉROU

 

CUETO, Alonso

 

 

Né à Lima en 1954, Alonso Cueto est universitaire, journaliste et romancier. Son œuvre a été primée à plusieurs reprises, tant au Pérou qu’en Europe et même en Chine. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

La Perricholi : reina de Lima

2019

12 octobre 1762, arrive à Lima, en grande pompe, le nouveau vice-roi, Manuel Amat y Junyent. Lima est alors une des villes les plus peuplées d’Amérique, à la tête du plus grand territoire gouverné par l’Espagne. Certes, un tremblement de terre l’a pratiquement rasée en 1746, elle n’a plus le lustre du siècle précédent, mais elle veut reconquérir sa gloire et son éclat, et le nouveau gouverneur est bien décidé à laisser sa trace dans l’histoire de sa capitale.

Quelques années plus tard, Micaela Villegas, qui a assisté à l’arrivée du nouveau vice-roi, est une demoiselle orpheline, peu fortunée mais correctement éduquée par sa mère, elle-même issue d’une petite noblesse sans argent qui avait désapprouvé son mariage avec Joseph Villegas, un homme assez mal vu par les gens bien. Elle a beaucoup de grâce et possède des talents pour le chant, la danse et la comédie et, talent suprême, de très jolis pieds, tout petits, le comble pour une Liménienne. Elle pourra vivre dans une des plus belles villes américaines à une époque de bouleversements historiques radicaux, entre la solidité de l’empire espagnol et les troubles qui conduiront à l’indépendance.

Alonso Cueto fait vivre une Lima contrastée, puanteur et parfums raffinés, oraisons et médisances, beaucoup de couleurs sur les murs des maisons coloniales et sur les robes des femmes. Micalea a seize ans, elle est déjà le point de convergence de tous les regards, belle et potentiellement sulfureuse, elle attire la sympathie, le désir et la méfiance. Il faut dire que rien ni personne n’échappe aux commentaires de tous et de chacun : Lima tout entière est une grande scène pour le théâtre de la vie.

Les œuvres françaises qui racontent la Périchole (la courte pièce de Mérimée, le film de Renoir et plus encore l’opéra d’Offenbach), reprennent l’image d’une femme superficielle et capricieuse, amoureuse du luxe plus que de ses (nombreux) amants, espèce de cocotte mâtinée de diva et celle d’un souverain un peu nouveau riche attiré par le tape-à-l’œil. Alonso Cueto offre au contraire un roman historique parfaitement documenté dans lequel don Manuel est un digne représentant des lumières, amateur de culture et de partage de la culture (tout en moralisant l’accès aux salles de spectacle), se faisant un devoir d’améliorer l’hygiène et de développer l’économie du territoire dont il est responsable. Cela ne l’empêche pas d’avoir recours à un certain nombre d’exécutions, il faut bien veiller à la tranquillité de ce paradis urbain, une ville où on s’efforce d’oublier que quelque part dans les montagnes, des Indiens sont cruellement exécutés simplement parce qu’ils tentent, avec très peu de moyens, d’exister en tant qu’Indiens. On est à l’époque où un noble indien, se faisant appeler Tupac Amarú, paie de sa vie son espoir de faire revivre l’empire inca de ses ancêtres.  Et il aime les femmes, le vice roi, il en est conscient, mais il est tout aussi conscient qu’il lui sera impossible de trouver la femme idéale.

Micaela, elle, est une jeune fille qui fait tout pour qu’on la respecte sans pour autant étouffer sa personnalité qu’elle sait solide.

Une des principales forces du roman, c’est que tout y est double et même contradictoire : le vice roi, qui sait être grand reste un homme, avec ses démons et ses mesquineries, Micaela, qui est sortie de la misère, parvient à force de dignité à une certaine noblesse, à l’image de Lima, entre misère, saleté et grandeur. Et ce qui est complètement double, c’est la situation de la jeune femme, mère de l’enfant de l’homme le plus puissant du continent mais maîtresse illégitime, vue à la fois avec une certaine admiration par le peuple et même par l’aristocratie locale qui n’ose pas déplaire au vice roi, et avec mépris par ceux et surtout celles qui se posent en moralistes.

Micaela est une femme libre, on pourrait la comparer à la María de Jorge Isaacs ou à la Carmen de Prosper Mérimée, le même Mérimée qui a fait de sa Périchole une diva capricieuse !

La Perricholi : reina de Lima est un riche roman historique, une histoire d’amour belle parce qu’assez complexe, un portrait de femme nuancé et un hymne à Lima. Un grand roman.

La Perricholi : reina de Lima, ed. Penguin Random House, Lima y Barcelona, 443 p.

MOTS CLES : ROMAN PERUVIEN / ROMAN HISTORIQUE / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS PENGUIN RANDOM HOUSE

 

CUETO, Alonso La Perricholi reina de Lima

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