V.O.

Guillermo FADANELLI

MEXIQUE

 

FADANELLI, Guillermo

Guillermo Fadanelli est né en 1960 à Mexico. Après une adolescence dans  un collège militaire, il parcourt plusieurs régions du monde, l’Allemagne en particulier. Son œuvre (essais, chroniques, nouvelles, romans) a été primée ( Prix IMPAC, Colima, Grijalbo, chacun pour un roman et le Prix Mazatlá en 2019 pour l’ensemble de son œuvre).

 

 

 El hombre mal vestido

2020

Un certain Blaise Rodríguez est chargé (par qui ?), ou s’est chargé de raconter l’histoire d’Esteban Arévalo, garçon parfaitement ordinaire rencontré par hasard chez un caviste mal embouché du centre de Mexico. Enfant, Esteban rêvait d’être policier. Devenu adulte, il sera réputé pour être tueur en série.

Il y a comme souvent chez Guillermo Fadanelli ce pessimisme désenchanté qui nous fait sainement comprendre la vanité de toute chose ici-bas. Mais ce n’est pas parce que rien n’a de véritable valeur qu’il ne faut pas profiter de ces mini-valeurs que sont boire, aimer, parler. Après tout, est-ce fondamentalement mauvais ?

Avec les années, l’être humain change et Esteban évolue. Comment, pourquoi ? On a les réponses, l’identité est au centre de ce roman flâneur, celle d’Esteban Arévalo, celle de Blaise Rodríguez également. Les évolutions successives n’empêchent pas certaines constantes. La principale, chez le héros, est d’être mal vêtu et donc mal vu a priori par tous ou presque tous ceux qui le croisent. Quand il acceptera d’étrenner un nouveau costume, il sera trop tard.

Guillermo Fadanelli n’est pas, Dieu soit loué, un « romancier classique », il est bien mieux que cela, un rêveur désabusé qui se promène à travers l’histoire qu’il raconte (il y a bien sûr une histoire, des personnages), en pensant, en partageant ses pensées, ses sensations, ses sentiments, en observant tout, autour de lui, les décors, les odeurs, les vivants croisés, aimés, peut-être assassinés. Pessimiste, Guillermo Fadanelli ? C’est possible, pas certain. Nostalgique, oui, non d’un passé personnel révolu (de cela, il se fiche complètement), plutôt d’un état de choses qui n’a peut-être d’ailleurs jamais existé, d’un état de choses idéal et probablement inaccessible. Et ce probablement change tout : et si… si cet état de choses avait une minuscule chance de se réaliser ? Non, Fadanelli n’est pas totalement pessimiste. Esteban non plus : ne possédant rien, n’étant pas grand-chose aux yeux de ses contemporains, il est sincère quand il sait qu’il n’a besoin de rien. On peut en déduire qu’il est heureux ou, au moins pas malheureux. C’est déjà ça !

« Qu’y a-t-il de plus triste que les cernes sous les yeux de Kafka ? Quelqu’un le sait-il ? Peut-être les bajoues et la gueule rouge de Donald Trump pourraient l’être, ou plutôt pa-thé-ti-ques, mais cette caricature grossière est temporaire, elle sera oubliée d’ici peu d’années, quand un type encore plus létal occupera la présidence nord-américaine » : Fadanelli n’est pas tendre pour le monde qui nous entoure (Esteban a-t-il tort de reprocher à l’opticien qu’il tuera peut-être un peu plus tard, de parler de sa boutique comme d’une affaire (negocio) quand il devrait dire qu’il est là pour soigner les myopies ?), mais on est bien obligé de savoir que notre guide, notre auteur a raison sur toute la ligne. Il est même machiavélique, au point de tuer le salaud à notre place : on aimerait tellement faire un sort à cet opticien dévoyé, méprisant, il le fait pour nous, ce qui nous donne en outre bonne conscience, puis des remords causés par notre pseudo bonne conscience. Terrible, tout ça !

Terrible, terriblement drôles, ces deux fillettes jumelles croisées une ou deux fois dans le récit, que le père, fervent socialiste, a éduquées à se contredire sur tout, non pas pour pratiquer un socialisme d’égalité universelle, mais parce qu’il pense que l’affrontement des contraires ne pourra qu’amener le monde meilleur tant espéré !

À notre époque, où tout doit être immédiat, Guillermo Fadanelli, à contre-courant, sait revenir à l’essentiel, à ce qui est et a été, mais surtout à ce qui continuera d’être : le temps est et sera, et son œuvre sera encore dans un mois, dans un an, et bien au-delà, j’en suis convaincu. Peut-on être certain que les gens sans importance n’ont pas une importance, que le succès d’un piètre romancier est vraiment un succès, que l’homme mal vêtu du titre, personnage principal, n’est pas un vrai héros ?

Alors, comment résumer une pareille richesse, celle du roman, puisque Esteban est complètement fauché ! Qu’est-ce que cet Esteban ? Une apparence, qui lui est défavorable : quelle idée de traverser toute une vie en étant mal vêtu ? Qu’est- ce que ce roman ? Une apparence aussi, l’errance d’un pseudo pauvre type dans Mexico. Quels sont ses actes ? Des apparences bien sûr, c’est le lecteur qui les transpercera, toujours aidé par un grand frère ironique et amical : Guillermo Fadanelli, qui nous le dit clairement : « L’imagination fait que les choses existent ».

El hombre mal vestido, ed. Almadía, México.

 À paraître après la crise du coronavirus.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / PHILOSOPHIE / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / HUMOUR.

 

SOUVENIRS :

 

Nantes, octobre 2012.

 

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