N'OUBLIONS PAS...

José Emilio Pacheco, 2

MEXIQUE

PACHECO, José Emilio

 

 

Pendant ces temps de confinement, les maisons d’éditions sont soit fermées soit travaillent au ralenti et toutes les sorties prévues pour le printemps sont repoussées, un peu avant l’été dans le meilleur des cas, pour la rentrée de janvier 2021 pour d’autres. Quand se terminera la période, nous aurons une grande pagaïe à prévoir. En attendant la reprise, qui finira bien par arriver, profitons de ce temps laissé libre, quoi que confiné, pour découvrir ou relire quelques fondamentaux de la narration latino-américaine.

 

Batailles dans le désert 

 1981 / 1987

 

À chaque fois que j’ai refermé ces Batailles dans le désert du Mexicain José Emilio Pacheco (1939-2014), et j’en suis au moins à ma cinquième lecture, la même question s’est imposée à moi : comment peut-on tout dire d’un pays et d’un personnage en à peine cinquante pages ? C’est pourtant ce que réussit de façon éblouissante Pacheco, poète avant tout, mais aussi auteur de cuentos et de scénarios de films (il a travaillé avec Arturo Ripstein), qui n’a publié que deux romans.

On est à Mexico, sous la présidence de Miguel Alemán, c’est-à-dire tout juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’époque où les États-Unis s’imposent encore plus dans la vie économique de l’Amérique latine, l’époque où le Mexique va passer de ce que l’on appelait encore le sous-développement au « modernisme » copié au voisin du Nord.

Carlos, le narrateur et héros, franchit, lui l’étape ente l’enfance et la maturité. Ces deux évolutions, parallèles, se font sous les yeux du lecteur dans le monologue de Carlos, adulte, qui fait le bilan de ces deux bouleversements fondamentaux.

Pour le pays, on s’adapte à la nourriture, au vocabulaire, aux nouveaux appareils ménagers, aux façons de vivre aussi, tout en conservant les bonnes vieilles coutumes machistes, tel le père de famille qui ne cache même pas sa « seconde famille » qu’il entretient en privant parfois l’officielle. Les gens sont méfiants envers ces intrusions d’une autre « civilisation », mais l’acceptent, par obligation et aussi par goût (ils ont du charme, les jouets en plastique !).

Dans cette société qui se voit changer trop vite, Carlos a le tort de tomber amoureux de la mère de son meilleur ami. Ce qui pourrait anodin, ou touchant, ou risible, devient un drame monté en épingle par les parents, dont la solution ne pourra être que religieuse (une confession qui ratera son but pour la mère, une séance chez le psy, qui ne changera rien de fondamental pour le père).

En cinquante pages (une petite heure de lecture), on aura eu un roman psychologique, un roman historique, un roman social et même une touche de roman fantastique, on aura eu de l’information, de l’humour, de la poésie, de l’émotion.

Batailles dans le désert de José Emilio Pacheco, raduit de l’espagnol (Mexique) et préfacé par Jacques Bellefroid, éd. La Différence, Paris, 1987, 87 p., 6,10 €.

Las batallas en el desierto, ed. Tusquets, Barcelona.

 

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / HISTOIRE / AMOUR / ROMAN FANTASTIQUE / EDITIONS LA DIFFERENCE.

PACHECO, José Emilio Batailles dasn le désert

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