N'OUBLIONS PAS...

José Emilio PACHECO

MEXIQUE

 

PACHECO, José Emilio

 

 

Né en 1939 à Mexico, José Emilio Pacheco est un poète, un auteur de nouvelles, de deux romans et de scénarios pour le cinéma (il a travaillé à plusieurs reprises avec le grand Arturo Ripstein). Il a été également traducteur et a enseigné dans plusieurs universités au Mexique et aux États-Unis. Il a reçu en 2009 le Prix Cervantes. Il est décédé en 2014 à Mexico.

 

Tu mourras ailleurs

1967 / 1988

Mexico, après la Seconde Guerre mondiale. Un homme en observe un autre depuis sa fenêtre. Ils ne se connaissent pas, n’ont pas de nom, pas de réalité, et toute l’action du livre se trouve dans le regard de l’un sur l’autre et dans les multiples questions qu’il se pose. Le premier, désigné comme M, semble inquiet de la présence du second (Quelqu’un), tous les jours sur le même banc, en train de lire le même journal, les petites annonces. Est-il venu pour lui ? Pour l’observer lui aussi, le menacer, le découvrir ? Ce jeu de regards répétés au quotidien est, dans la première partie, régulièrement interrompue par le récit de la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains, puis par celle du ghetto de Varsovie.

Dans une deuxième partie, on découvrira qui a été ce M et ses rapports avec le nazisme.

Ce pourrait être un roman psychologique (peur, remords, arrogance, rapports humains, dans le désordre), ce pourrait être un roman historique (triplement historique, entre Jérusalem, Varsovie et les camps d’extermination). Ça l’est, mais avant tout c’est un roman sur le roman. Au-delà des questions posées sur l’histoire, l’Histoire et les personnages, José Emilio Pacheco crée tout au long de ses pages tout un questionnement sur ce qu’est écrire un roman. Ainsi le narrateur tout puissant ne cesse de se poser à lui-même des questions sur sa façon de procéder : qui suis-je, qui me raconte cette histoire, à qui est-ce que je la raconte ? Il reconnaît à plusieurs reprises qu’il conduit son lecteur sur de fausses pistes, qu’il dément un peu plus loin, cela fait partie du « travail » du romancier, même si, sur le sujet, cela prend une tout autre tonalité, une tout autre responsabilité. Dans le fond c’est bien de responsabilité qu’il s’agit, celle des nazis, celle de ceux qui furent des  chasseurs de nazis dans les années qui ont suivi la guerre, et puis celle de celui qui raconte les horreurs passées, ce qui entraîne celle des lecteurs.

Il y a une chose que je crains, arrivé à ce point de mon commentaire, c’est de donner l’impression qu’on a affaire à un roman très intellectuel, disons illisible, mais c’est tout le contraire qui se passe pour un lecteur de ceux que j’appelle courant (pour ne pas dire normal ou banal), vous ou moi, qui tout simplement aime lire. Tu mourras ailleurs se présente comme un roman à suspense, sans action c’est vrai au premier degré, mais rempli de ces questions qui font la littérature de suspense. On passe les deux heures de cette lecture immergés sous des questions à résoudre. Et elles se résoudront tellement bien que José Emilio Pacheco nous offre, cadeau sublime, six dénouements alternatifs, nous donnant le luxe de pouvoir décider nous-mêmes. J’insiste, malgré l’incroyable richesse de ce roman, la lecture n’est à aucun moment gênée par de quelconques complications, tout est simple et l’émotion n’est jamais au second plan.

Publié en 1967, Tu mourras ailleurs (Morirás lejos) a dès sa parution été considéré comme un livre marquant. Il l’est resté, n’a rien perdu de ses audaces ou, bien sûr, de la profondeur de ses idées sur le cours de l’histoire en lien avec la nature humaine (comment a-t-on pu en arriver à de telles abjections, au cœur de ce qu’on considérait comme la région la plus cultivée du monde ?). On trouve des traces de son influence dans des dizaines de romans publiés ultérieurement, la plus récente étant le nouveau roman de Guillermo Fadanelli (à paraître au Mexique dès que la pandémie le permettra), El hombre mal vestido, avec une présence parfois étonnante d’un narrateur lui-même peut-être personnage… Autrement dit Tu mourras ailleurs est un livre absolument indispensable pour toute personne ayant l’envie et le besoin de réfléchir.

Tu mourras ailleurs de José Emilio Pacheco, traduit de l’espagnol (Mexique) par Gérard de Cortanze, éd. La Différence, 168 p., 8,10 €.

José Emilio Pacheco en espagnol : Morirás lejos, ed. Montesinos, Barcelona.

 

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / ROMAN HISTORIQUE / LITTERATURE / SOCIETES / VIOLENCE / EDITIONS LA DIFFERENCE.

 

PACHECO, José Emilio Tu mourras ailleurs

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