V.O.

Gustavo RODRÍGUEZ

PEROU

RODRIGUEZ, Gustavo

 

Né en 1968 à Lima, Gustavo Rodríguez partage son activité entre la création littéraire et la com. Il est directeur d’une agence de publicité autour de l’art et des sciences sociales. Il a publié recueils de nouvelles, romans et plusieurs anthologies d’articles.

 

 

La furia de Aquiles 

Les tribulations adolescentes d’Aquiles, jeune provincial de Trujillo, catapulté à Lima pour poursuivre des études un peu hésitantes avec son jeune frère et deux autres garçons, amis qui partagent le logement, de brefs chagrins et de mémorables bringues, de celles qu’on ne peut pas qualifier d’inoubliables puisque le lendemain matin on se retrouve avec une fille inconnue sans pouvoir deviner comment on en est arrivé là, dans le placard d’une chambre où l’on n’avait jamais mis les pieds.

Gustavo Rodríguez excelle dans les changements de ton : la légèreté des 17 ans devient soudain question existentielle quand Aquiles se rend brusquement compte qu’il est en train de jouer le reste de sa vie à pile ou face, ce qui ne l’avait jamais effleuré jusque là. Cela ne l’empêchera pas de foncer à nouveau pour faire ‒ ou  subir ‒ une blague pas toujours très fine.

Il y a pas mal de désordre dans le récit (on apprendra à la fin que plusieurs  nouvelles, premiers écrits de Aquiles/Gustavo se sont glissés dans le roman), mais c’est le genre de désordre que tout adolescent a en permanence dans la tête : une marque de baskets a autant d’importance qu’un amour impossible, une méchante escroquerie, toute relative quand même, passe pour un gag qui devrait être oublié l’heure suivante, l’inconscience tient lieu de règle de vie.

Au centre d’une étape cruciale pour tout être humain, les relations d’un garçon avec sa mère se compliquent, avec la société en général, elles sont hésitantes, avec les copains, elles deviennent franchement problématiques, quand on se rend compte qu’au fond on n’est plus sûr du tout de la solidité de cette amitié qui nous avait aidés à vivre. Et le dernier chapitre jette là-dessus une lumière troublante et émouvante.

Pour paraphraser Rimbaud, on n’est pas sérieux à cet âge-là, Gustavo Rodríguez s’amuse bien à le faire ressortir, il y a beaucoup de scènes où il semble être au moins aussi jeune que ses personnages. Ce n’est pas toujours d’une délicatesse extrême, c’est toujours réjouissant. Il s’amuse aussi à prendre de saines libertés avec les codes du roman traditionnel, un narrateur inattendu par exemple, qui fait irruption pour une page ou deux. Tout cela passe très bien, le ton est détendu, il est bien normal que auteur et lecteur le soient aussi.

Mais les blagues genre pipi-caca ne sont qu’une étape (comme aurait dit le bon docteur Freud). Aquiles avance au long des pages et de ces quelques années. Après les hésitations, la timide entrée dans le monde du travail, avec petits échecs et petits succès lui permet de se découvrir lui-même, de lui donner une confiance qui était loin d’être acquise.

La furia de Aquiles offre, en prime, de jolis tableaux vivants d’une Lima plutôt modeste et d’une province qui sait rester populaire, modeste elle aussi, et très vivante avec, souvent, des dangers invisibles et aussi le racisme souterrain qui parfois resurgit brutalement. Tout le Pérou des années 90 est présent, sous l’aspect d’un roman d’apprentissage.

La furia de Aquiles, ed. Alfaguara, 2001, 306 p.

 

MOTS CLES : ROMAN PERUVIEN / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / HUMOUR.

RODRIGUEZ, Gustavo La furia de Aquiles

 

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