ACTUALITE

Roberto BOLAÑO

CHILI – MEXIQUE – ESPAGNE

 

BOLAÑO, Roberto

 

Œuvres complètes tome 1.

Devant l’immensité de l’œuvre de Roberto Bolaño (1953-2003), devant son universalité, comment se positionner ? Au moment où paraît en France le premier tome de ses œuvres complètes, comment dire sans effrayer le futur lecteur ? On est devant un véritable monument à multiples facettes, face à un écrivain, reconnu sur le tard, qui a touché à tout ce qui est littéraire, mais en gardant perpétuellement la volonté de rester amateur (celui qui aime, celui qui ne se prend pas pour…), qui a été ignoré des « professionnels » jusqu’à seulement quelques années de sa mort, avant d’être assez brusquement considéré comme un des écrivains majeurs du XXIème siècle, ce qu’il est. Mais on est devant une œuvre dans laquelle il n’est nul besoin d’être « lettré » pour s’y sentir à l’aise, qui est accessible même si elle impressionne (les 1.200 pages de 2666 et les 11 heures de l’adaptation théâtrale de Julien Gosselin, qui passaient comme un souffle puissant !).

Ce qui peut dérouter, c’est que Bolaño est inclassable, rêve de beaucoup des meilleurs auteurs mais qu’ils ne réalisent que très rarement. Poète, nouvelliste, essayiste, chroniqueur, critique, romancier ? Bolaño est tout cela (et on pourrait ajouter à chacun de ces termes, pour chacun de ces genres, l’adjectif génial), il est tout cela sans se prendre pour un poète, un nouvelliste, etc. Il ne se prend pas pour, il est, tout naturellement.

Au cours de notre très intéressante rencontre en octobre dernier à la Villa Gillet de Lyon, avec Olivier Cohen, Melissa Balcázar et Diego Trelles Paz, Olivier Cohen évoquait la difficulté pour l’éditeur d’organiser cette nouvelle édition, la première des œuvres complètes d’un écrivain multiforme et prolifique : regrouper les œuvres par genre (roman-nouvelles, etc.) ?, par la chronologie ? La solution adoptée a été la solution « transversale », qui donne une vision polyphonique parfaitement en rapport avec le génie de Bolaño et qui présente un autre intérêt, pour le lecteur cette fois : elle lui donne la liberté absolue de naviguer sans la moindre contrainte d’un poème de deux vers à un roman complet.

La grande définition, la seule peut-être, du génie absolu de Bolaño c’est la liberté, celle que la plupart des écrivains latino-américains ont recherchée  ‒ et ont souvent trouvée ‒, les allusions répétées à Georges Perec et à son œuvre dans ce premier tome ne sont pas un hasard. Aucune autre définition n’est possible, me semble-t-il, ce serait réducteur et inutile. Comment définir un homme né au Chili, qui a passé ses années d’adolescence au Mexique et qui s’est installé en Espagne où il est mort, à tout juste cinquante ans, pour lequel le mot frontière n’avait aucun sens et qui a vécu comme les circonstances ont fait qu’il vive, ici ou ailleurs, dans la gêne ou dans le bonheur, toujours dans l’amitié et la curiosité.

Il nous reste, à nous, de relire (tous ses écrits, prose ou poésie, sont inépuisables), de découvrir ce qui nous a échappé jusque là (les inédits ne manquent pas dans cette nouvelle édition), de nous laisser porter par l’aventure inépuisable qu’est l’œuvre de Roberto Bolaño.

Œuvres complètes, volume 1, de Roberto Bolaño, traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio et Jean-Marie Saint-Lu, éd. de l’Olivier, 1248 p., 25 €.

 

MOTS CLES : ROMAN CHILIEN / LITTERATURE / POESIE / EDITIONS DE L’OLIVIER

 

BOLAÑO, Roberto Oeuvres complètes 1

 

 

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