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Iván Monalisa OJEDA

CHILI / ÉTATS-UNIS

OJEDA Iván Monalisa

Né à la fin des années 60 à Llanquihue, dans le sud du Chili, et après des études de Droit puis de Théâtre, il s’installe à New York où il est peformer. Il assume ses deux personnalités, Iván et Monalisa. Il a publié des nouvelles et des pièces de théâtre.

 

Las biuty queens

2019

Le Chili avait eu Pedro Lemebel, génial auteur de chroniques et d’un roman traduit en français, à lire absolument, Je tremble, ô matador (Denoël, 2004 et 10/18, 2007), il découvre à présent une autre « reine » des nuits gays, Iván Monalisa Ojeda, qui vit à New York et qui vient de publier son premier roman.

Malgré les apparences, il est peu probant de comparer Lemebel et Ojeda. Autant le premier aimait provoquer et jouer avec un humour toujours un peu cruel, envers les incompréhensions de son propre personnage qu’envers lui-même, autant Ojeda sembla sage malgré son sujet et ses personnages.

Il nous plonge au cœur de la vie des folles newyorkaises, non pour militer pour une reconnaissance de plus en plus difficile au pays de Trump (qui est cité dans le livre), mais pour témoigner de leur façon de vivre. Il ne s’apitoie pas, il ne force pas le trait, il décrit, tout simplement, les misères de ces personnes décalées mais qui assument. Et le tableau est très noir, souvent très drôle, mais très noir.

La galerie de portraits, des amis et amies de Monalisa, est une suite de misères, sociales en particulier, des Sud-Américains qui ont fui leur région peu ouverte aux « déviations », quitté leur famille souvent, pour vivre leur sexualité et qui doivent oublier leur condition, d’où la drogue omniprésente, et aussi pour trouver des ressources, d’où la prostitution, à laquelle ils (elles) ne peuvent échapper, selon Iván Ojeda.

On ne juge pas, on constate la solitude, l’impossibilité de se faire admettre dans une société très corsetée, très repliée sur ses traditions, même si ce n’est le plus souvent qu’une façade dont romans et films montrent la fragilité. C’est justement cette façade que Las biuty queens efface pour montrer aux lecteurs l’intérieur de la « maison ». La solidarité est là, mais aussi la méfiance, la dérision peut être de l’autodérision, mais pas toujours, les « filles » sont souvent cruelles. L’étant généralement envers elles-mêmes, elles le sont encore plus envers les autres, surtout si elles leur ressemblent… Cercle vicieux dont il est impossible de sortir.

Mais si elles ont tendance, elles, à ne pas s’apitoyer sur elles-mêmes ou sur leurs semblables, Iván Monalisa s’arrange très bien pour faire que le lecteur le fasse à leur place : ces portraits, ces tranches de vie, sont en effet très émouvantes, ce sont des victimes qui jouent leur rôle devant nous, elles n’aimeraient peut-être pas qu’on le leur fasse remarquer, elles ont leur dignité, qu’elles se font un plaisir de détruire au détour d’un monologue, d’une diatribe contre une consœur, d’un besoin de se ridiculiser, mais cette dignité est là, ce sont des personnes, et elles résistent par nécessité et par choix.

Le style est un autre attrait, l’auteur(e) utilise ce spanglish, mélange de divers espagnols (ceux des régions d’origine des folles) et d’anglais, fait vivre dans les nombreux dialogues les expressions et aussi les tons, de ceux qui exagèrent le côté féminin de ces hommes dont la barbe pointe sous le maquillage : on entend ces dialogues en les lisant.

Las biuty queens de Iván Monalisa Ojeda, 126 p., ed. Alfaguara, Santiago du Chili et Barcelone.

 

OJEDA, Iván Monalisa Lasq biuty queens

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