V.O.

Un Prix Alfaguara 2019 décevant : Patricio PRON

ARGENTINE / ESPAGNE

PRON, Patricio

Patricio Pron est né en 1965 en Argentine. Après avoir été correspondant de presse en Europe centrale, il s’est installé à Madrid en 2008, où il réside encore. Il a publié huit romans et plusieurs recueils de récits.

Mañana tendremos otros nombres

 

La séparation d’un couple : un sujet souvent traité en littérature, au théâtre et au cinéma. Patricio Pron se lance le défi de reprendre le thème. On est à Madrid, de nos jours. Ils ont presque quarante ans chacun, cinq ans de vie commune, il est écrivain et elle architecte. On ne connaitra pas leurs prénoms.

Sous la forme de chapitres alternée (Lui / Elle), l’auteur nous plonge dès la première page au cœur de l’histoire. Sans vraiment de raison immédiate, Elle décide de partir. Il y a l’usure, mais vraiment rien de profond fait que ce jour-là plutôt qu’un autre soit celui de la rupture. En pénétrant dans la psychologie de chacun d’eux, on vit avec Lui et Elle leur ressenti le plus intime, les doutes d’Elle, le désarroi de Lui qui n’arrive pas à comprendre.

L’alternance des chapitres, au début régulière, ne se fait pas que sur la psychologie des deux personnages. Le narrateur, tout en décrivant le présent, revient sur le passé des deux protagonistes, un passé que bien sûr éclaire le présent. Cette façon de faire a un autre intérêt, elle permet à l’auteur de brosser un tableau très fin sur l’évolution sociale des relations amoureuses sur quelques décennies, mais sans jamais laisser de côté l’aspect personnel, profondément humain. Il parle de l’Espagne (tout le roman est nettement situé à Madrid, où se sont installés ces deux provinciaux), mais il peut être appliqué à l’Europe toute entière.

Après un début prometteur, vers le milieu du roman, comme si Patricio Pron avait épuisé son sujet, on a l’impression que l’auteur craint de ne pas tout dire du sujet qu’il a choisi, qu’il ne veut négliger aucune caractéristique sociale. Alors, dans des dialogues, souvent un peu trop longs, un ami ou une amie de Lui ou d’Elle se met à analyser et à citer des statistiques récentes, sur la durée des couples, sur les motifs des séparations, etc., ce qui alourdit énormément la lecture et qui finit par mettre complètement de côté le vrai sujet du roman qui n’en est plus un, mais une sorte d’étude sociologique documentée mais froide.

On a perdu le charme des premiers chapitres, l’alternance n’est plus régulière, la symétrie est brisée et, dans la deuxième moitié, on suit vaguement les tentatives des deux ex pour se «refaire une vie». La fin, surprenante, est très peu convaincante, peu crédible. C’est un peu comme si l’auteur avait perdu le «fil littéraire», qu’il avait voulu faire avancer à tout prix une histoire déjà terminée. La déception est d’autant plus grande que le début était réussi.

Mañana tendremos otros nombres de Patricio Pron, 270 p., ed. Alfaguara, 2019.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / ROMAN ESPAGNOL / PSYCHOLOGIE / SOCIETE / EDITIONS ALFAGUARA

PRON, Patricio Mañana tendremos otros nombres

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