ACTUALITE, CHRONIQUES

Roberto ARLT

ARGENTINE

ARLT, Roberto

Roberto Arlt est né en 1900 dans le quartier populaire de Flores, à Buenos Aires. Après une enfance difficile et une adolescence chaotique, il est entré par la lecture dans le monde littéraire argentin. Journaliste à quinze ans, il est devenu le secrétaire du grand romancier Ricardo Güiraldes. Ses romans, admirés par les uns et décrié par beaucoup d’autres, se sont imposés des décennies plus tard comme des références de la littérature du XXème siècle. Il est mort en 1942.

Eaux fortes de Buenos Aires

1998 / 2010 / 2019

 

Le premier livre publié aux éditions Asphalte, en 2010, était un très beau socle pour cette collection de romans urbains modernes et même très actuels. Eaux fortes de Buenos Aires, réédité ce mois, est un concentré des chroniques écrites par le jeune Roberto Arlt pour un quotidien local. Il y jouit d’une totale liberté, choisissant ses sujets, des croquis de la vie quotidienne et surtout s’exprimant comme il le sent, en s’échappant des normes, assez strictes, qui s’étaient imposées dans la presse européenne vers le milieu du XIXème siècle.

Dans tous ses écrits, journalistiques ou narratifs, Arlt bouscule les normes et s’en amuse : combien de fois s’amuse-t-il à commenter lui-même les viols de la bienséance ? Un seul exemple : Un prétexte : l’homme au trombone, une des Eaux fortes de Buenos Aires publiée vers 1930. Tout commence avec l’évocation d’un voisin qui joue du trombone pendant qu’un journaliste, qui doit remettre sa chronique dans les heures qui viennent ne parvient pas à écrire à cause du bruit qui est tout sauf de la musique. Rien ne lui vient. Deux pages et demie plus loin, l’article se réduit à rien, mais rien du tout, sauf la conclusion : « … Ah ! Journalisme !… Cependant, quoi qu’on en dise, c’est beau. Surtout quand on a un directeur indulgent, qui vous présente aux visiteurs avec ces mots éloquents : « Cet enfoiré d’Arlt. Grand écrivain. » ! N’oublions pas le titre : Un prétexte ! Deuxième, troisième énième degré, une belle occasion en tout cas de méditer sur le néant !

S’il n’y avait que ça, que cet humour ravageur… Il y a surtout aussi une véritable révolution sur la langue qu’a imposée Roberto Arlt. Il est probablement le premier à systématiquement utiliser amplement la « vraie » langue, celle qui se parle dans les rues de Buenos Aires, en l’occurrence une langue très mélangée où on trouve des mots italiens ou issus de l’italien, mais aussi de l’allemand et le fameux lunfardo, espèce d’argot propre aux quartiers très populaires de la ville. A peine quelques décennies plus tôt en France Emile Zola, le maître du naturalisme, met des imparfaits du subjonctif dans la bouche de Gervaise malgré sa volonté sincère de réalisme. Les personnages d’Arlt parlent leur langue sans masque. Inutile de dire combien cela a choqué du côté de Florida ! Et bien au-delà, puisque pendant une bonne cinquantaine d’années soit on ne trouve aucune trace de l’œuvre de Roberto Arlt dans les histoires de la littérature hispano-américaine, on n’entend pas parler de lui dans les universités et, si on en parle c’est pour dire que sa production est d’une qualité plus que douteuse. Les rares critiques de l’époque ne parlent que de la mauvaise qualité du style et de l’absence de construction de ses romans.

Ce recueil frappe par sa finesse d’observation (l’être humain n’a guère changé depuis un siècle), par la richesse des sujets évoqués et des commentaires personnels de l’auteur, peut-être encore plus par le génie de Roberto Arlt pour décrire et faire vivre toute une ville avec des mots qui continuent à surprendre.

Eaux fortes de Buenos Aires, traduit de l’espagnol (Argentine) par Antonia García Castro, éd. Asphalte, 269 p., €.

 → Pour la bibliographie de Roberto Arlt, en espagnol et en français, voir dans la rubrique N’OUBLIONS PAS (mai 2019) consacrée à Roberto Arlt.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / SOCIETE / HUMOUR / EDITIONS ASPHALTE.

ARLT, Roberto Eaux fortes de Buenos Aires

 

 

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