CHRONIQUES

Daniel GALERA

BRÉSIL

Daniel Galera est né en 1979 à São Paulo, mais a vécu sa jeunesse à Porto Alegre. Traducteur et éditeur, il est l’auteur de plusieurs romans, dont deux ont paru aux éditions Gallimard.

 

GALERA, Daniel

 

Minuit vingt

2016/2018

 

Ce roman est sorti il y a quelques mois déjà, en octobre pour être précis. Il est encore temps de dire tout le bien que j’en pense !

Brésil, Porto Alegre, une ville qui a doublé de taille depuis 1960 et qui a dépassé le million et demi d’habitants. Les personnages de Minuit vingt étaient étudiants pendant cette période de grande mutation, leur rencontre s’est faite à la toute fin du XXème siècle, la mort accidentelle de l’un d’entre eux, Andrei Dukelsky, Duc, à trente-six ans, est l’occasion pour l’ancien groupe de se retrouver brièvement, l’occasion aussi d’un bilan général.

Ils étaient quatre, Duc, au centre, Aurora, désormais en fin d’études, Emiliano, le plus âgé, Antero, l’ex-séducteur marié à présent à Giane et Francine, plus discrète.

Duc était sans nul doute le plus brillant d’entre eux, il a depuis publié quelques livres à succès, chacun dans sa bulle plus ou moins accueillante, commente son monde personnel, ce que sont ses proches, ce qu’il est  lui-même, ses échecs et ses réussites. Chacun aussi ressent une angoisse, floue mais bien réelle.

Ils sont tous bien empêtrés dans l’existence qu’ils se sont choisie ou qui leur a été imposée. Pour ne rien arranger ils sont intelligents et donc conscients du marasme dans lequel ils sont englués, malgré l’image tout à fait acceptable qu’ils peuvent donner aux autres. La réussite sociale est là pour la plupart, pour la réussite humaine, c’est autre chose. La mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes ne les pousse pas à l’optimisme en général, l’état de leur pays non plus.

Tout avait commencé pour eux en 1999, époque qu’ils avaient nommée l’ « année insurpassable ». L’était-elle ? Vue quinze ans après, elle en donne toujours l’impression, mais si l’on regarde bien les flashes qui y font allusion, on se rend compte que le mal-vivre était déjà présent, atténué par les multiples espoirs d’un brillant avenir. Quinze ans plus tard, la réussite est-elle au rendez-vous ? Même pour Duc, celui qui a du succès, celui qui est reconnu, ce n’est pas prouvé.

Le récit a une forme classique, mais on est en 2015 et que veut dire classique de nos jours, surtout si les « héros » du roman ont été les précurseurs de la génération Internet ? Ils ont, dans les années 90, créé un fanzine, ce qui les avait réunis, et cela avait fait d’eux les pionniers de ces nouvelles écritures, de ces nouvelles façons de penser et de s’exprimer.

Une des grandes questions posées par Minuit vingt est de savoir si, avec Google au bout des doigts, on peut penser, on peut vivre comme avant : Albert Camus aurait-il écrit Le mythe de Sisyphe en ayant à sa portée la connaissance absolue sur tout, les rochers, la montagne, sur Sisyphe lui-même, puisque Wikipedia sait tout ?

À côté de cette révolution reste ce qui est immuable : la vie, la mort qui apparaît un peu traîtreusement sous diverses formes, infarctus du père, avortement ou agression au coin de la rue. Et, en plus de la vie et de la mort, il y a pour chacun le temps qui passe et qui fait qu’en 2015, à trente ans, on n’est plus vraiment un adolescent tout en l’étant resté un peu sans vouloir se l’admettre… C’est compliqué et assez désespérant. Toute cette génération est malade et en prend conscience.

Daniel Galera montre tout cela ‒ et bien d’autres choses ‒ avec un immense talent pour raconter et pour faire ressentir. C’est grave, profond, nostalgique comme une sonate de Schubert, mais un Schubert en plein XXIème siècle. Le dernier chapitre est sublime.

Minuit vingt, traduit du portugais(Brésil) par Régis de Sá Moreira, éd. Albin Michel, 263 p., 20 €.

Daniel Galera en français : Paluche / La barbe ensanglantée, éd. Gallimard.

Daniel Galera en portugais : Meia-Noite e vinte / Barba ensopada de sangue, ed. Companhia das Letras, São Paulo.

MOTS CLES : ROMAN BRESILIEN / SOCIETE / PSYCHOLOGIE / EDITIONS ALBIN MICHEL

GALERA, Daniel Minuit vingt

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