CHRONIQUES, ROMAN CUBAIN

Leonardo PADURA

 

CUBA

 

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Leonardo Padura est né en 1955 à La Havane, il n’a jamais quitté son quartier de Mantilla. Après avoir été journaliste dans divers organes de presse cubains, il commence à écrire des romans policiers sur fond social avec un personnage récurrent, Mario Conde. Il est également scénariste (Retour à Ithaque de Laurent Cantet, par exemple). Il est unanimement respecté pour la qualité de ses écrits et pour son honnêteté intellectuelle.

 

La transparence du temps.

2018/2019

Quelle joie de retrouver Mario Conde, l’ex-policier qui vit à La Havane, dont les enquêtes nous avaient aidés à connaître une ville attachante et malade, vivante pourtant, lumineuse et chaude, gangrenée par la misère et la corruption mais qui tient bon. Mario Conde se voit vieillir : encore un mois et il aura soixante ans… Est-on vieux à soixante ans ? La question, terrible pour lui, est mineure, en comparaison de celle qu’il aura à résoudre.

Un de ses anciens compagnons de lycée prend contact avec lui : il vient de se faire détrousser par celui qu’il croyait être un petit ami fiable et fidèle et qui n’était qu’un gigolo. Meubles et bijoux ont disparu avec une sculpture ancienne à laquelle il tenait beaucoup.

Les premiers épisodes de la série Mario Conde étaient brefs, la résolution du mystère allait bon train, toujours complétée par des remarques sur l’état de l’île au moment où le régime castriste donnait des signes de faiblesse, ce qui faisait leur richesse. Cette fois Leonardo Padura prend son temps. La Havane, en 2014, l’époque de l’enquête, est un des centres du roman et donne lieu à de longues et très impressionnantes descriptions d’un coin de rue dans le quartier historique ou dans un des bidonvilles qui ont poussé près de là depuis les années 90. La maturité de Mario Conde, qui reste le double de Padura, partageant même avec lui sa date de naissance, lui ‒ leur ‒ permet de donner un avis éclairé sur la Révolution cubaine, son évolution et ses résultats contrastés. Tous les deux, protagoniste et auteur, sont toujours aussi clairvoyants et honnêtes par rapport à ce qui les entoure.

La recherche de Mario Conde n’est pas pour autant négligée. Où sont passés les bijoux qui ont potentiellement une jolie valeur ? Où est passée surtout la statue de la vierge dont on n’arrive pas à connaître l’origine de façon certaine ? Mais là, le narrateur se dissocie du  personnage, il en sait bien plus que lui. Ayant bénéficié depuis Les brumes du passé (la dernière apparition de Mario Conde), de la double expérience de L’homme qui aimait les chiens et de Hérétiques, romans purement historiques, il va fouiller dans un passé espagnol ou catalan (la statue est-elle d’origine catalane ou andalouse ?) et remonte de l’époque de la guerre civile jusqu’au Moyen-Âge.

Le double documentaire accompagne alors la quête de la statue. La description d’une ville croulant de plus en plus sous la misère, pas seulement dans ses bidonvilles, mais conservant malgré tout quelques oasis de luxe comme les diverses résidences des collectionneurs d’art alterne avec une évocation précise et détaillée des croisades, des origines diverses des images qualifiées de saintes puis de miraculeuses.

La lenteur de l’action et l’abondance de la partie historique peuvent surprendre le lecteur qui a fait de Mario Conde son proche depuis des années. Leonardo Padura a voulu aller au fond des choses, le curieux chapitre d’autocommentaire le confirme.

La transparence du temps, nouvel épisode de la série des Mario Conde, permet en tout cas de retrouver un univers que Leonardo Padura nous a rendu familier, enrichi cette fois d’incursion dans un passé lointain, et de refaire un bout de route avec des personnages amis à jamais.

La transparence du temps de Leonardo Padura, traduit de l’espagnol (Cuba) Par Elena Zayas, 430 p., 23€.

Leonardo Padura en espagnol : Ses œuvres ont été éditées en Espagne par Tusquets.

Leonardo Padura en français, chez Anne-Marie Métailié.

 

MOTS CLES : ROMAN CUBAIN / ROMAN NOIR / ROMAN HISTORIQUE / SOCIETE

PADURA, Leonardo La transparence du temps

PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

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