CHRONIQUES, ROMAN ARGENTIN

Paula PORRONI

ARGENTINE

porroni, paula

Paula Porroni est née à Buenos Aires en 1977. Après des études internationales, en Argentine, aux États-Unis et en Grande Bretagne, elle publie son premier roman en 2016 à Barcelone.

Bonne élève

2016/2019

Paula Porroni, née à Buenos Aires en 1977 et ayant acquis une solide formation universitaire à Buenos Aires, Cambridge et New-York, a publié ce premier roman en 2016 à Barcelone (dans une maison d’édition dont le siège se trouve… sur l’Avenue República Argentina, cela ne s’invente pas !), un premier roman qui a immédiatement été remarqué et que les éditions Noir sur Blanc nous offrent dans sa version française.

La narratrice est une de ces étudiantes brillantes qui ont du mal à sortir du système universitaire qui leur assure un confortable cocon. Elle ne sait pas clairement vers où va se diriger le cours de sa vie : encore un an ou deux sur les bancs d’une université ? Laquelle ? Trouver un emploi ? Lequel ? Ce dont elle est sûre, c’est qu’elle est revenue s’installer en Grande Bretagne pour fuir à nouveau son pays, l’Argentine, sa ville, Buenos Aires, et surtout sa mère avec laquelle elle ne peut s’empêcher  quand même de communiquer sans arrêt par messagerie. Son colocataire grec est au moins aussi paumé qu’elle, accumulant les refus des entreprises qu’il vient de solliciter.

Elle ne parvient pas à se fixer, le souhaiterait-elle ? Alors elle vivote. Mais dans vivoter il y a vivre, c’est tout le paradoxe de ce qu’elle décrit : rien de ce qui l’entoure ne lui plaît vraiment, et pourtant elle accepte le tout en vrac : sa logeuse avare, son sort, sa dépendance à sa mère et celle plus indirecte, car il est mort depuis quelques années, à son père, ses étranges relations qu’il est difficile d’appeler amitié avec Thomas et Anna, un couple de son âge qui vit à Londres.

C’est bizarre et familier, profondément pessimiste avec des trouées d’espoir : elle doute et elle y croit, elle est attirée par le gouffre et par le sommet, alors où est sa place ? L’automutilation est-elle une aide pour s’élever ou pour finir de tomber ?

En réalité elle essaie un peu tout, frôle l’anorexie tout en buvant des litres de bière et en étant incapable de se passer de somnifères. Est-ce un rôle qu’elle s’obligerait à jouer pour elle-même et pour les autres ? Cette insatisfaction générale au fond n’est pas pour lui déplaire, c’est sa façon d’exister, d’être.

Tout est très dépouillé dans ce récit, rien d’inutile, les phrases sont brèves, Paula Porroni ne glisse que l’essentiel pour troubler le lecteur et le rapprocher de ce que peut vivre la jeune fille, de ce qu’elle peut ressentir face à un futur qui lui fait probablement peur, mais elle ne se l’avouera jamais. Notre jeune romancière, elle, maîtrise parfaitement ce qu’elle souhaite faire partager, on peut sans risque l’associer pour ses qualités d’écriture à Liliana Colanzi, Mariana Enríquez, Guadalupe Nettel, Lina Meruane, cette génération émergeante de jeunes femmes pessimistes et très talentueuses.

Bonne élève de Paula Porroni, traduit de l’espagnol (Argentine) par Marianne Million, éd. Noir sur Blanc, 144 p., 15 €.

Paula Porroni en espagnol : Buena alumna, ed. Minúscula, Barcelona.

MOTS CLES : ROMAN ARGENTIN / PSYCHOLOGIE / SOCIETE : EDITIONS NOIR SUR BLANC.

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PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

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