CHRONIQUES, ROMAN CUBAIN

Leonardo PADURA

CUBA

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Leonardo Padura est né en 1955 à La Havane, il n’a jamais quitté son quartier de Mantilla. Après avoir été journaliste dans divers organes de presse cubains, il commence à écrire des romans policiers sur fond social avec un personnage récurrent, Mario Conde. Il est également scénariste (Retour à Ithaque de Laurent Cantet, par exemple). Il est unanimement respecté pour la qualité de ses écrits et pour son honnêteté intellectuelle.

 

Ce qui désirait arriver

2016/2016

On ne présente plus Leonardo Padura, un des écrivains cubains actuels les plus traduits dans le monde. Rappelons qu’il est l’auteur de Le Palmier et l’Étoile (2009) dont a été tiré Retour à Ithaque (2014), l’excellent film de Laurent Cantet. Il a obtenu de nombreux prix dont le Prix Princesse des Asturies en 2015. Ses derniers romans, L’Homme qui aimait les chiens (2011) et Hérétiques (2014), deux œuvres puissantes, le placent parmi les grands de la littérature mondiale. Leonardo Padura publie aujourd’hui un recueil de treize nouvelles, écrites entre 1985 et 2009, réunies sous le titre de Ce qui désirait arriver.

Un journaliste rentrant à Cuba après deux ans de mission en Angola, fait escale à Madrid où il retrouve un ami d’autrefois qui a opté pour l’exil ; un étudiant sans le sou est bouleversé par la voix épaisse et chaude de Violeta del Río (personnage récurrent dans les romans de Padura) ; une vieille dame accède à une sorte révélation littéraire en écrivant une nouvelle qui relate le drame de sa vie ; une poignée de jeunes gens désoeuvrés s’entraînent mutuellement dans une série de mésaventures qui se terminera en tragédie ; un homme qui s’apprête à passer la veillée de Noël en sifflant rhum sur rhum, accoudé au comptoir d’un bar miteux est rejoint par son ex belle-sœur dont il a toujours été secrètement amoureux ; un homo désespéré déambule dans les quartiers chauds de la Havane à la recherche de l’âme sœur qui pourrait le sauver d’une solitude insupportable…

Qu’est-ce qui fait que, d’une nouvelle à l’autre, le lecteur a le sentiment de retrouver le même personnage ? Peut-être le regard empreint d’humanité bienveillante que l’auteur porte sur ses héros. Des êtres fragiles – mais ô combien attachants – souvent placés dans des situations cruciales, confrontés à des choix déterminants : profiter d’une escale pour rester en Espagne ou rentrer à Cuba ? Renouer avec une vie conjugale interrompue malgré le désarroi d’une compagne éconduite sans laquelle les deux années passées en Angola auraient été un enfer ? Les héros de Padura donnent l’impression d’avoir manqué, de peu, un rendez-vous essentiel, d’être passés, par mégarde, par manque de vigilance ou de détermination, à côté de leur existence. Certes, il leur arrive de connaître des moments de plénitude ou de grâce : la rédaction jubilatoire d’une nouvelle, un « festin de sexe » offert par une chanteuse de boléro, une nuit de rêve inespérée à Padoue… Mais ce ne sont qu’épisodes éphémères, parenthèses qui laissent une empreinte indélébile, le rappel d’une promesse que la vie n’a pas tenue, comme si le hasard en avait décidé autrement.

Le cadre de ces treize nouvelles est la République de Cuba des années 1980 à 2000, un pays où un projet individuel peut être directement affecté par une décision gouvernementale, où un journaliste n’a pas les moyens de s’offrir une voiture, où il faut composer au quotidien avec des coupures d’électricité ou des pénuries de toutes sortes. Les destins individuels, à l’instar des dernières décennies de l’histoire cubaine, s’y dessinent selon le modèle d’une utopie avortée : le temps, la guerre ou un simple concours de circonstances font et défont les amours ; les retrouvailles ne permettent pas de réparer les erreurs du passé ; la vie s’écoule, radicalement différente de celle qu’on avait rêvée. Et pourtant, bien que chaque protagoniste compte parmi ses proches quelques exilés partis accroître la population de Miami ou d’ailleurs, aucun ne choisit de quitter son île, même si l’occasion lui en est offerte. Que l’histoire se passe en Angola, en Italie ou à la Havane, Cuba est toujours présente, avec la touffeur de certaines journées, le rhum encore et encore, sauf quand il vient à manquer, un entraînement de baseball, la mélancolie d’un boléro, l’animation de la Rampa et, en toile de fond, ce désenchantement nostalgique qui a marqué toute une génération, si bien relayé par le titre, belle formule empruntée à Marc Aurèle : Ce qui désirait arriver.

Mireille BOSTBARGE 

Ce qui désirait arriver, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas, éd. Métailié, 234 p., 18 €.

MOTS CLES : ROMAN CUBAIN / SOCIETE / POLITIQUE / PSYCHOLOGIE

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PUBLICATION ORIGINALE : www.espaces-latinos.org

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