ROMAN MEXICAIN

Vilma FUENTES

MEXIQUE

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Vilma Fuentes est née à Mexico en 1949. Elle réside à Paris depuis 1975. Elle est correspondante du quotidien mexicain La Jornada.

Les greffiers du diable.

1997/2011

 Ça commence comme un roman d’espionnage : Jesús Solanas Bracho, le procureur de la République mexicaine, l’équivalent de notre Garde des sceaux, convoque Manuel Buenaventura, un journaliste influent, pour le prévenir du danger de mort qui le menace : « on » doit l’assassiner et il lui conseille de quitter le pays au plus vite. Qui est à l’origine de la menace ? Est-elle fondée ? Le Gouvernement n’a-t-il que le désir d’éloigner un enquêteur qui peut devenir gênant ? Toujours est-il que Buenaventura, par prudence, et on le comprend, décide d’obtempérer. Il se retrouve à Paris dans le cercle rapproché d’un ex président mexicain, don Icaro Guzmán del Valle Cisneros.

Dès lors, le lecteur est plongé dans un univers dont il sera bien difficile de faire la part des illusions et de la réalité, de savoir qui a le pouvoir et qui le subit, de comprendre comment tout tient quand même debout.

Au centre de tout, l’ex-président, en théorie redevenu un homme ordinaire (au Mexique, nul ne peut être réélu au terme d’un mandat de six ans), mais qui croit encore avoir une certaine influence et qui bénéficie du prestige passé. Autour de lui, s’agite un essaim d’ambitieux agressifs, de malheureux pleins d’espoir de revanche, d’oisifs qui rêvent de briller. Tout un monde dérisoire qui devient comique sous le regard perçant de Vilma Fuentes. Il s’agit d’une véritable cour que l’Ex entretient parce qu’elle lui donne l’illusion d’être encore un homme important, un théâtre tragico-comique dont les acteurs ne se rendent pas compte de leur vanité et de leur manque de talent : ils jouent leur rôle imposé par les circonstances comme des marionnettes qui se penseraient humaines…

Les femmes sont au premier plan de ce roman, et Vilma Fuentes ne leur fait pas de cadeau, en un mot elles ne valent pas mieux que les hommes ! Beaucoup de ragots circulent près de Montparnasse, beaucoup de méchancetés sournoises, mais derrière cette apparente frivolité, on découvre en chacune une personnalité complexe, des frustrations graves qui les rendent  malgré tout attachantes, sans oublier que tous les personnages, masculins et féminins, souffrent sans se l’avouer vraiment, de l’éloignement de leur terre natale. Ce sont tous des exilés, à commencer par l’ex-président, exilé du pouvoir, c’est-à-dire de ce qui a fait sa vie.

Il ne s’agit pas que du seul pouvoir politique, le pouvoir psychologique est omniprésent et on sent bien que le sujet passionne la romancière à cause de sa complexité, d’où ce côté foisonnant du livre. Il ne faut pas s’attendre à un récit linéaire, ce serait trahir le sujet, mais à une suite de méandres, de  contradictions apparentes et on ne saura jamais qui domine et qui est dominé, qui est abusé et qui est consentant.

On sourit souvent en lisant les aventures sentimentales de l’un ou de l’autre, et soudain on se rend compte que ce n’est pas à une comédie que l’on assiste, mais à un drame, on s’insurge contre la cruauté d‘un des personnages, et soudain on comprend qu’on aurait peut-être fait la même chose à sa place, que la cruauté de l’adversaire était sûrement plus terrible encore.

Il faut se laisser conduire vers les terribles manipulations, se sentir manipulés nous-mêmes, et nous réveiller à la fin de la lecture dans un monde qui ressemble à celui des Greffiers du diable !

Les greffiers du diable, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Fell, Actes Sud, 302 p., 22,80 €.

MOTS CLES : ROMAN MEXICAIN / ROMANCIERS MEXICAINS / CORRUPTION.

 

FUENTES, Vilma Les greffiers du diable

 

 

Souvenir :

 

FUENTES, Vilma

 

PUBLICATION ORIGINALE : http://www.espaces-latinos.org

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